mardi 10 novembre 2009

DE L'IMAGE ET DE LA RESSEMBLANCE DE DIEU DANS L'HOMME


(Essai ascétique du Saint Evêque Ignace Briantchaninov)

« Créons l’homme à Notre image et selon Notre ressemblance ! » Tel est le mystérieux conseil que la Sainte Trinité, notre Dieu, tint en et avec Elle-même avant la création de l’homme. Ainsi, l’homme est image et ressemblance de Dieu ! Ainsi Dieu, qui dans Sa grandeur est inaccessible et au-delà de toute image, S’est représenté dans l’homme, clairement, et avec gloire. Le soleil ne se représente-t-il pas dans une humble goutte d’eau ?

La nature humaine est à l’image de la nature divine. Ce qui différencie l’homme des animaux, ce qui le rend égal aux anges, c’est son esprit. Les propriétés de l’esprit humain, quand il est encore dans son état de pureté et d’innocence, sont selon la ressemblance avec Dieu. Et pourtant Dieu, qui de Sa droite toute-puissante a tracé dans l’homme cette ressemblance, est au-delà de toute ressemblance et de toute comparaison !

Qu’est donc que l’homme ? Un être parfait, comblé de toute dignité et de toute beauté. Le Tout-Puissant a créé à son intention la nature visible qu’Il a entièrement destinée à le servir, constituant pour lui un environnement merveilleux. Quand Il a tiré du néant à l’existence toutes les autres créatures, Il s’est contenté d’un ordre tout-puissant ; mais quand Il voulut achever la grande oeuvre de la création du monde par la création de la plus fine et de la plus accomplie de toutes les créatures, Il a précédé cet acte d’un conseil...

L’imposante matière créée avant l’homme, avec son infinie diversité, n’est rien d’autre (nous osons l’affirmer car c’est la vérité) qu’une création préliminaire. Un roi terrestre a soucis de préparer une salle magnifique pour y exposer son portrait. De la même façon le Roi des rois, le Dieu des dieux, a préparé la nature visible et toute sa beauté, étonnante de magnificence et que tous peuvent admirer, pour y placer Son image, cause ultime de tout ce qui l’avait précédée. D’ailleurs, après la création du monde, Dieu examina ce qu’Il avait créé et vit que c’était bon (Gen.1,25) ; Mais après la création de l’homme, en examinant de nouveau ce qu’Il avait créé, Il trouva Sa créature fine, complète, parfaite, vit tout ce qu’Il avait fait, et voici, cela était très bon (Gen.1,31).

Homme, comprends donc ta dignité ! Regarde les prés et les champs, les larges rivières, les mers immenses, les hautes montagnes, les arbres magnifiques, toutes les bêtes de la terre, et ceux qui se déplacent sous les eaux, regarde les étoiles, la lune, le soleil et le ciel : tout cela est pour toi, à ton service ! Et de sucroît, en dehors du monde que nous voyons, il y a encore un monde invisible aux yeux du corps, incomparablement supérieur au monde visible : et ce monde invisible est aussi créé pour l’homme !

Comme Dieu a honoré Son image !... Et quel noble destin a-t-Il donc prévu pour elle ? Le monde visible n’est que l’antichambre d’une demeure incomparablement plus vaste et plus belle. L’image de Dieu séjourne dans cette antichambre pour être revêtue des couleurs définitives, pour ressembler le plus possible à son tout-saint et parfait Original : alors elle pourra, par la beauté et la finesse de cette ressemblance, pénétrer dans le palais où l’Original se tient ineffablement, limitant indiciblement Son immensité pour Se rendre accessible à Ses créatures raisonnables et bien-aimées.

L’image du Dieu-Trinité est l’homme trinitaire. On trouve dans l’âme de ce dernier trois puissances, qui manifestent cette âme.

Nos pensées et nos perceptions spirituelles manifestent de toute évidence l’existence de la raison, ou intellect, qui est parfaitement invisible et inconcevable. Il convient de préciser que dans l’Ecriture Sainte et les écrits des Pères, le mot esprit désigne parfois l’âme en général, et parfois l’une des puissances de l’âme, l’intellect, ou puissance du verbe. Mais en général, les Pères attribuent à l’âme ces trois puissances particulières : l’intellect (ou raison), la pensée (ou parole, ou verbe), et l’esprit. [C’est ce vocabulaire qui sera adopté plus bas. N.d.T.] L’intellect est la source et l’origine de la pensée, comme de la perception spirituelle. L’esprit désigne la capacité à percevoir spirituellement. (Chez certains auteurs le mot esprit peut remplacer le mot intellect ; on l’emploie aussi pour désigner les esprits créés)

Par nature, notre âme est à l’image de Dieu. Et même après la chute dans le péché, l’âme reste à l’image de Dieu ! Et même précipitée dans les flammes de l’enfer, l’âme pécheresse reste à l’image de Dieu ! Ainsi l’enseignent les Saints Pères. La Sainte Eglise chante dans ses hymnes sacrées : « Je suis l’image de Ta gloire ineffable, même si je porte les marques du péché ».

Notre intellect est à l’image du Père, notre pensée (nous nommons habituellement pensée toute parole qui n’a pas été prononcée) à l’image du Fils, notre esprit à l’image de l’Esprit Saint. De la même façon que dans la Trinité, les Trois Personnes composent sans se confondre ni se diviser un unique Être Divin, dans l’homme trinitaire, ces trois « personnes » composent un seul être, sans se confondre ni se diviser en trois êtres.

Notre intellect fait naître et donne constamment naissance à la pensée. Une fois née, la pensée ne cesse de naître à nouveau, et en même temps elle est déjà née, cachée dans l’intellect. L’intellect ne peut pas exister sans la pensée, et la pensée sans l’intellect. Le commencement de l’un est nécessairement le commencement de l’autre. L’existence de l’un est nécessairement l’existence de l’autre.

De la même façon, l’esprit procède de l’intellect et concourt à la pensée. Chaque pensée a son esprit, comme un livre a son esprit propre. Une pensée ne peut pas exister sans son esprit, l’existence de la première est nécessairement accompagnée de l’existence du second. L’existence de l’une et de l’autre manifestent l’existence de l’intellect.

Qu’est-ce que l’esprit de l’homme ? C’est la réunion des sentiments du coeur, qui appartiennent à l’âme raisonnable et immortelle, et qui n’existent pas dans l’âme des bêtes.

Le coeur de l’homme se différencie du coeur des animaux par son esprit. L’animal a des perceptions qui proviennent du sang et des nerfs, mais il n’a pas de perception spirituelle. Ce trait de l’image divine est l’apanage exclusif de l’homme. La puissance de l’homme est donc dans son esprit.

Notre intellect, notre pensée et notre esprit, de par la simultanéité de leurs origines et leurs relations mutuelles, sont à l’image du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint, les Trois Personnes coéternelles, sans commencement, égales en honneur, et de même nature. Celui qui M’a vu a vu le Père, annonce le Fils, Je suis dans le Père et le Père est en Moi (Jn.14,9-10). On peut parler dans les mêmes termes de l’intellect humain et de sa pensée. L’intellect, invisible de lui-même, se manifeste par la pensée ; celui qui a pris connaissance de la pensée, a pris connaissance de l’intellect qui a produit cette pensée.

Le Seigneur a appelé l’Esprit Saint Puissance d’en haut, Esprit de Vérité (Luc 14,49 & Jn.14, 17). La Vérité, c’est le Fils. L’esprit de l’homme a aussi les propriétés de cette Puissance : il est l’esprit de la pensée de l’homme, fût-elle vraie ou fausse. Cet esprit apparaît dans chaque mouvement secret du coeur, dans la façon de penser, dans chaque acte de l’homme. L’esprit de l’homme manifeste son intellect. Il manifeste aussi, à travers chaque acte, la pensée qui a guidé l’homme dans son action.

Le Seigneur miséricordieux a paré chaque homme à Son image et selon Sa ressemblance. Exister à l’image de Dieu, c’est la nature même de l’âme. Mais la ressemblance réside dans les propriétés de l’âme.

Par nature, le Créateur est éternel, sage, bon, pur, incorruptible, saint, étranger à toute passion et à tout péché, à toute pensée et perception du péché. L’homme, quant à lui, fut créé ainsi, à l’image de Dieu.

Un peintre habile esquisse d’abord les formes et les traits du visage dont il fait le portrait. Puis il donne au visage et aux vêtements les couleurs de l’original, et ainsi, achève la ressemblance. Après avoir créé l’homme à Son image, Dieu l’a paré de la ressemblance : l’image a donc été dotée en toute chose de la ressemblance à Dieu. Si cela n’avait pas été le cas, le résultat eût été incomplet, indigne de Dieu, et Dieu eût manqué Son objectif.

Mais hélas, trois fois hélas ! Pleurez les cieux, et toi soleil, et vous, les astres, la terre, et toutes les créatures terrestres et célestes ! Pleure, nature entière ! Saints anges aussi, pleurez ! Sanglotez amèrement, et soyez inconsolables ! Revêtez les habits de deuil ! Le malheur est accompli, le seul malheur qui mérite vraiment d’être appelé malheur : l’image de Dieu est tombée ! Honoré par Dieu du libre arbitre et séduit par l’ange déchu, l’homme a communiqué avec les pensées des esprits ténébreux et du père du mensonge et de tout mal. Cette communication s’est manifestée par un acte : la rupture avec la volonté divine. Et l’Ecclésiaste dit avec exactitude que ce qui est courbé ne peut être redressé, ce qui manque ne peut être compté (Ecc.1,15).

Le dérèglement de l’image et de la ressemblance peut être facilement observé en chacun d’entre nous. La beauté de la ressemblance, qui consistait en l’association de toutes les vertus, fut souillée par les passions ténébreuses et malodorantes. Les traits de l’image sont privés de leur régularité première : leur accord mutuel. La pensée et l’esprit se combattent, ils cessent d’obéir à l’intellect, s’élèvent contre lui. Lui-même demeure dans une constante perplexité, dans une terrible obscurité qui masque Dieu en lui, ainsi que le chemin qui conduit à Dieu, la voie sainte et infaillible.

Ce dérèglement de l’image et de la ressemblance est accompagnée d’une terrible souffrance. Il suffit à l’homme de se concentrer assez longtemps sur lui-même dans la solitude pour se convaincre que cette souffrance est permanente, bien qu’elle s’apaise ou se réveille, selon que la distraction l’étouffe ou non.

Ô homme ! Ta distraction et tes plaisirs trahissent la souffrance qui couve en toi ! Tu cherches à la noyer dans la coupe des rires bruyants et des amusements sans fin. Malheureux ! Dès que tu trouves une minute de vigilance, tu es de nouveau vaincu par cette souffrance que tu t’efforçais de détruire. Mais sache que la distraction la nourrit et la fortifie. Après s’être reposée à l’ombre du manque de vigilance, la souffrance se réveille avec une force accrue, comme un témoin qui habite l’homme, le témoin de sa chute.

Le corps de l’homme est lui aussi marqué du sceau de la chute. Dès la naissance, il connaît l’animosité. Il lutte contre tout ce qui l’entoure et contre l’âme elle-même qui vit en lui. Tous les éléments l’attaquent. A la fin de la vie, épuisé par les combats intérieurs et extérieurs, frappé par la maladie, et opprimé par la vieillesse, il tombe sous la faux de la mort et part en poussière, bien qu’il ait été créé immortel.

Mais de nouveau se manifeste la grandeur de l’homme image de Dieu ! Elle se manifeste, dans la chute même, à travers l’Instrument qui la soustrait à cette chute : Dieu a prit sur Lui Son image, sur l’Une de Ses Personnes Divines ! Dieu S’est incarné pour arracher Son image à la chute, la rétablir dans sa gloire passée, et plus encore, l’élever vers une gloire incomparablement supérieure à celle qui était la sienne lors de la création !

Le Seigneur est juste dans Sa miséricorde. En assurant la Rédemption, Il a honoré Son image plus qu’Il ne l’avait fait lors de sa création, car l’homme n’avait pas lui-même manigancé sa chute : c’est l’ange déchu qui l’avait attiré par envie, et trompé par le mal caché sous le masque du bien.

Chaque Personne de la Sainte Trinité a participé à la grande oeuvre de l’Incarnation, chacune selon Ses propriétés. Le Père demeure Celui qui engendre, le Fils naît, l’Esprit Saint agit. Examinons à nouveau à quel point l’homme est l’exacte image de Dieu. C’est le Fils qui revêt l’humanité. Par Lui, la Sainte Trinité entre en communion avec l’homme. De la même façon, notre pensée revêt le son des paroles et, tout immatérielle qu’elle est, se joint à la matière ; par elle, les hommes entrent en communion avec notre intellect et notre esprit.

Le Fils et Verbe de Dieu s’est incarné. Alors notre pensée s’est amendée, purifiée par la Vérité. Notre esprit est devenu capable de communier avec l’Esprit-Saint. Cet esprit, que la mort éternelle avait mis à mort, a été vivifié par l’Esprit-Saint, et notre intellect a eu accès à la connaissance et à la vision du Père.

L’homme trinitaire est guéri par le Dieu-Trinité. Par le Verbe est guérie la pensée, qui est transférée du monde du mensonge et du leurre vers celui de la Vérité. Par l’Esprit-Saint est animé l’esprit, qui est transféré des perceptions charnelles de l’âme vers les perceptions spirituelles. Le Père apparaît à l’intellect et notre esprit devient l’esprit de Dieu : nous avons la pensée du Christ (1Cor.2,16) dit l’Apôtre.

Avant la venue de l’Esprit-Saint, l’homme, mort par l’esprit, demandait : Seigneur, montre-nous le Père ! (Jn.14,8) Après la réception de l’Esprit-Saint et l’adoption filiale, l’homme, animé d’un nouvel esprit, tourné vers Dieu et son salut, s’adresse au Père sous l’action de l’Esprit-Saint comme à Quelqu’un de connu, et Lui dit : Abba, Père ! (Rom.8,15)

L’image déchue est rétablie dans le Saint Baptême. L’homme, par l’eau et l’Esprit, naît à la vie éternelle. A partir du Baptême, l’Esprit, qui s’était éloigné de l’homme lors de la chute, se met à l’assister dans sa vie terrestre. Par le repentir, Il le guérit des plaies que le péché a ouvertes après son Baptême, et rend ainsi le salut accessible jusqu’au dernier souffle.

La beauté de la ressemblance est rétablie par l’Esprit ; elle est développée et perfectionnée par l’accomplissement des commandements évangéliques. Le modèle et la plénitude de cette beauté n’est autre que le Dieu-Homme, notre Seigneur Jésus-Christ. « Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même du Christ » (1Cor.2,1), dit l’Apôtre. Par ces mots, il appelle les fidèles à rétablir et à perfectionner en eux-mêmes la ressemblance. Il indique quel est, pour l’homme nouvellement recréé et renouvelé par la Rédemption, le Saint Modèle de la perfection : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ ! » (Rom.13,14)

La Sainte Trinité, notre Dieu, par la Rédemption de l’homme, Son image, nous offre une telle possibilité de réussite dans le perfectionnement de la ressemblance, que cette ressemblance va jusqu’à se transformer en union avec l’Original, union de la pauvre créature avec son Créateur totalement parfait.

Comme l’image de Dieu est admirable et merveilleuse ! Dieu resplendit et agit à travers elle ! L’ombre même de l’Apôtre Pierre guérissait ! Celui qui lui avait menti mourut comme s’il avait menti à Dieu Lui-même ! Les linges mêmes de l’Apôtre Paul accomplissaient des signes ! Les os du Prophète Elisée ressuscitèrent un mort dont le corps avait touché les restes du Pneumatophore, qui gisaient depuis longtemps dans la poussière du tombeau, et ceci par la simple inadvertance des fossoyeurs !

La ressemblance ultime, l’union avec Dieu, s’obtient et se confirme par l’observation des commandements évangéliques. « Demeurez en Moi, et Moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en Moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits » (Jn.15,4-5)

L’union bienheureuse est accordée lorsqu’avec une conscience purifiée par l’éloignement de tout péché et l’accomplissement des commandements du Christ, le chrétien communie au très saint corps et au très saint sang du Christ, et donc à Sa divinité, unie à eux. « Celui qui mange Ma chair et boit Mon sang demeure en Moi et Moi en lui » (Jn.6,56).

Image raisonnable de Dieu ! Examine à quelle gloire et à quel honneur tu es appelée et destinée par Dieu ! L’inconcevable sagesse du Créateur t’a permis de disposer à ta guise de toi-même : est-ce possible que tu ne veuilles pas demeurer la digne image de Dieu, que tu veuilles abîmer et détruire la ressemblance, que tu cherches à ressembler au diable et à descendre vers la dignité des bêtes ?

Dieu n’a pas déversé Ses biens en vain, Il n’a pas accompli la merveilleuse création du monde à tort, Il n’a pas inutilement honoré la création de Son image par un conseil préalable, Il n’a pas racheté inconsciemment cette image après sa chute en s’offrant Lui-même ! Il demandera compte de tout cela, Il jugera comment Ses bienfaits ont été utilisés, comment Son Incarnation a été appréciée, et avec elle le Sang répandu pour notre Rédemption.

Malheur aux créatures qui auront dédaigné les bienfaits de Dieu, leur Créateur et leur Rédempteur ! Le feu éternel, fournaise inextinguible et sans fond, allumé depuis longtemps, et préparé pour le diable et ses anges, attend les images détériorées, devenues inutiles. Là, elles brûleront éternellement, sans se consumer.

Frères ! Tant que nous voyageons sur la terre, tant que nous sommes dans ce monde visible, antichambre de l’éternité, efforçons-nous de rectifier les traits de l’image gravés par Dieu sur nos âmes ! Donnons aux nuances et aux couleurs de la ressemblance beauté, vivacité, et fraîcheur ! Et Dieu, lors de la terrible épreuve, nous rendra dignes d’entrer dans Son palais éternel, dans Son jour éternel, dans la fête et le triomphe éternels !

Reprenez courage, hommes de peu de foi ! Faites des efforts, paresseux ! Cet homme semblable à nous par les passions, qui dans son aveuglement persécuta jadis l’Eglise, qui fut d’abord l’adversaire et l’ennemi de Dieu, fit tant pour redresser en lui l’image après sa conversion, perfectionna si bien la ressemblance qu’il put annoncer à son propre sujet : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » (Gal.2,20)

Que personne ne doute de la véracité de cette voix ! Cette voix était si pleine de la Sainte Vérité, l’Esprit Saint coopérait tellement avec elle, qu’en l’entendant les morts ressuscitaient, les démons quittaient les hommes qu’ils faisaient souffrir et faisaient taire leurs prophéties, les ennemis de la Lumière perdaient la lumière de leurs yeux, les païens rejetaient leurs idoles, reconnaissaient le Christ comme vrai Dieu, et l’adoraient !

Amen.

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samedi 10 octobre 2009

DORMITION DE LA MERE DE DIEU


LA DORMITION DE NOTRE TOUTE-SAINTE SOUVERAINE, MÈRE DE DIEU,

ET TOUJOURS-VIERGE MARIE

(Saint Dimitri de Rostov)



Après l’accomplissement de tous les mystères de notre Rédemption et l’Ascension du Christ, la toute-sainte et toute-bénie Vierge Marie, Mère de Dieu, vécut encore plusieurs années au sein de l’Eglise des premiers temps. Elle se réjouit de son extension dans tout l’univers et vit la gloire de son Fils et de son Dieu répandue partout. Elle assista de son vivant à l’accomplissement des paroles qui prédisaient que toutes les générations la diraient bienheureuse : en effet, le Christ Dieu fut glorifié partout et Sa Mère toute-pure avec Lui. Enfin, elle s’approcha de sa bienheureuse et toute sainte Dormition, chargée d’années, aspirant à quitter son corps pour aller vers Dieu. Elle était depuis toujours embrasée du divin désir de voir la Face très-douce et tant espérée de son Fils, qui siège au ciel à la droite du Père. Consumée bien plus encore que les Séraphins par la flamme de son amour, déversant de ses yeux très saints les torrents de ses pleurs, elle priait avec ferveur le Seigneur de la prendre avec Lui, de l’ôter à cette vallée des larmes, et de la conduire vers les éternelles et célestes réjouissances. Depuis Sion, où elle habitait la demeure de Saint Jean le Théologien, elle allait souvent gravir le Mont des Oliviers d’où le Christ, son Fils et son Seigneur, s’était élevé vers le ciel. Là, elle répandait ses ferventes suppliques.

Un jour qu’elle priait, demandant à être libérée de ce corps pour rejoindre le Christ-Dieu, le Saint Archange Gabriel s’avança, lui qui la servait depuis l’enfance, lui qui l’avait jadis nourrie dans le Saint des Saints, lui qui avait été le messager de l’Incarnation de Dieu, lui qui la gardait sans trêve tous les jours de sa vie. Approchant son visage lumineux, il annonça à la Vierge l’arrivée de la mort, qui devait venir le troisième jour. En prévenant la Toute-Pure de l’heure de sa fin, il s’empressait de la rassurer pour qu’elle n’en fût pas troublée. Aussi se réjouit-elle à l’idée de passer dans la vie éternelle et d’habiter pour toujours auprès de l’immortel Roi de gloire. De la bouche de Gabriel, elle entendit : « Ton fils notre Dieu attend avec les Anges et les Archanges, les Chérubins, les Séraphins, les Esprits célestes et les âmes des justes, pour te prendre, toi Sa Mère, dans Son Royaume Céleste, afin que tu vives et règnes avec Lui dans les siècles des siècles ! »

En raison de la victoire du Christ, la mort n’allait pas posséder le corps endormi de celle dont elle n’avait pas su posséder l’âme. La Toute-Pure allait s’assoupir pour un court moment, et se relever, comme d’un songe, pour secouer l’engourdissement du tombeau, comme on chasse la somnolence de ses yeux. Elle allait goûter la vie éternelle et la gloire, dans la lumière de la face du Seigneur. Elle allait passer au son des voix joyeuses.

Comme gage de ses promesses, le Messager de la bonne nouvelle offrit à la Toute-Pure un sceptre royal du Paradis, une branche de dattier luisante de la grâce céleste, afin qu’elle fût portée devant sa couche, quand son corps très saint et très pur serait conduit vers l’ensevelissement.

Ô, quelle ineffable allégresse gagna la Vierge toute-bénie ! Quelle joie d’être aux cieux avec son Fils et son Dieu, pour jouir toujours de la vision de la Face si chère ! S’inclinant jusqu’à terre, Elle rendit grâce à son Créateur, et dit : « Je n’eusse pas été digne de Te recevoir dans mon sein, Seigneur, si Toi-même ne m’en avais fait la grâce, à moi, Ta servante. J’ai conservé le trésor qui m’a été confié ; c’est pourquoi, ô Roi de gloire, je Te demande de veiller à ce que la géhenne ne me cause aucun tort ! Les cieux et les anges tremblent chaque jour devant Toi, et combien plus l’homme modelé de la terre, qui n’a que ce qu’il reçoit de la bonté de son Seigneur et son Dieu, Lui qui est béni dans les siècles des siècles ! »

La toute-pure Souveraine désirait fortement revoir au moment de sa mort les Saints Apôtres qui s’étaient dispersés dans tout l’univers. Elle pria le Seigneur qu’il en fût ainsi. Elle pria également pour ne pas voir à l’heure du départ le Prince des ténèbres et son épouvantable meute, mais plutôt son Fils et son Dieu escorté des Saints Anges, afin qu’Il prît son âme dans Ses saintes mains, comme Il le lui avait promis. Agenouillée sur le Mont des Oliviers, elle adressait suppliques et actions de grâce, inclinée devant son Dieu et son Créateur. Et voici qu’il y eut un signe miraculeux : les oliviers inanimés se courbèrent jusqu’à terre comme des humains, inclinant leur cime pour manifester leur soumission et leur vénération à la Mère de Dieu. Et voici qu’à chaque prosternation de la Toute-Sainte, les arbres l’accompagnaient.

De retour chez elle, il advint que tout se mit à trembler sous l’effet des forces divines qui l’entouraient invisiblement, et de la très sainte gloire qui émanait de sa personne. Bien sûr son très saint visage luisait toujours sous l’effet de la grâce, plus que celui de Moïse au Sinaï quand il parlait avec Dieu. Là pourtant, il s’illumina d’une gloire indicible.

La Toute-Pure entreprit de préparer son départ. Elle commença par annoncer la nouvelle à Jean, le Disciple bien aimé, qu’elle avait adopté. Elle lui montra le sceptre lumineux de l’ange et lui recommanda de le porter devant sa couche mortuaire. Elle avertit de son départ imminent tous ceux qui servaient dans sa maison. Elle prépara la chambre et la couche, déposa du parfum dans les encensoirs, alluma de nombreux cierges. Elle s’occupa de tout ce qui était nécessaire à l’ensevelissement. Jean envoya sans tarder un message à Saint Jacques, frère du Seigneur et premier Evêque de Jérusalem, ainsi qu’aux parents et aux proches, afin d’annoncer l’imminent départ de la Mère de Dieu et la date de la mort. A son tour, Saint Jacques avertit les fidèles de Jérusalem et des villages environnants.

La Toute-Sainte Souveraine fit alors ouvertement connaître les paroles du Saint Archange, le Messager de la bonne nouvelle, et montra la branche de dattier du divin Paradis, qui brillait de la gloire céleste comme un rayon de lumière. Tous ceux qui s’étaient rassemblés autour de la Mère de Dieu se mirent à pleurer en entendant sa bouche toute-sainte parler de sa mort, de sorte que la maison fut remplie de cris, de pleurs, et de sanglots. Tous prièrent leur très miséricordieuse Souveraine et Mère de ne pas les laisser orphelins. Mais elle leur intima de ne pas pleurer et de se réjouir de sa mort. Elle allait en effet se tenir tout près du trône de Dieu, Le voir face à face, et Lui parler toujours, sans intermédiaire. Elle allait pouvoir plus facilement intercéder pour tous, et adoucir encore Celui dont la bonté était déjà si miséricordieuse. Elle promit à ceux qui pleuraient de ne pas les laisser orphelins. Elle s’engagea à les visiter après sa mort, et avec eux le monde entier, et d’apporter son aide à ceux qui se trouvent dans le malheur. Ces paroles pleines de consolation ôtèrent la tristesse des coeurs, séchèrent les larmes, et apaisèrent les sanglots.

Elle légua ses deux tuniques à deux pauvres veuves qui la servaient depuis toujours avec amour et zèle, et recevaient d’elle leur subsistance. Elle voulut qu’on ensevelît son saint corps à Gethsémani, au pied du Mont des Oliviers, non loin de Jérusalem. Là se trouvaient les sépultures de ses parents, saints Joachim et Anne, ainsi que celle du juste Joseph, le divin fiancé, tout près de la vallée de Jehoshaphat [contraction de Jéhovah shaphot, qui signifie Dieu juge. C’est la vallée du Cédron où se tiendra le Jugement Dernier] qui sépare Jérusalem du Mont des Oliviers et sert de lieu de sépulture à tous les pauvres de la ville.

Comme elle donnait ses directives, il y eut un grand bruit, comme un fort coup de tonnerre. Des nuages s’amoncelèrent autour de la maison. Sur un ordre de Dieu, les Anges venaient de ravir les Saints Apôtres aux confins de l’univers pour les conduire à Jérusalem sur ces nuées, jusqu’au Mont Sion, devant les portes de la maison de la Toute-Sainte Mère de Dieu. S’apercevant les uns les autres, ils se réjouirent, se demandant pour quelle raison le Seigneur les avaient réunis. Alors Saint Jean le Théologien sortit à leur rencontre, les embrassa, versa des larmes de joie, et leur annonça que le moment du départ de la Toute-Sainte était proche. Les Saints Apôtres comprirent que le Seigneur les avait rassemblés à Jérusalem depuis les extrémités de la terre pour assister à la mort de Sa Mère très pure et ensevelir dignement son corps très saint. Une grande tristesse s’abattit sur eux à l’idée de cette séparation.

Ils pénétrèrent dans la maison, trouvèrent la Mère de Dieu assise sur sa couche, débordante d’allégresse spirituelle, et l’embrassèrent.

- Tu es bénie par le Seigneur Qui créa la terre et le ciel !

- Paix à vous, frères élus du Seigneur ! Comment êtes-vous venus ici ?

Ils racontèrent comment l’Esprit de Dieu les avaient ravis et conduits sur des nuages. La Toute-Pure glorifia Dieu d’avoir écouté sa prière. Le Seigneur avait donc réalisé son désir de revoir les Saints Apôtres avant sa mort !

- Le Seigneur vous a conduits ici pour la consolation de mon âme, qui doit quitter ce corps selon la loi de la nature déchue. L’instant arrêté par mon Créateur s’est approché.

- Ô notre Souveraine ! Tant que tu demeurais dans le monde, nous nous réjouissions comme si nous avions devant nos yeux notre Seigneur et Maître. A présent, comment nos coeurs attristés supporteront-ils le chagrin d’être privés de ta présence parmi nous sur la terre? Mais puisque par la volonté du Christ Dieu que tu as enfanté tu vas partir pour le ciel, nous nous réjouissons de Son dessein à ton sujet. Mais nous nous attristons de rester orphelins, car nous ne te reverrons plus, Toi notre Mère et notre Consolatrice !

Et les Saints Apôtres fondirent en larmes.

- Ne pleurez pas, disciples amis du Christ ! Ne troublez pas ma joie par vos larmes ! Réjouissez-vous plutôt avec moi ! Je pars vers mon Fils et mon Dieu... Vous prendrez mon corps tel que je l’ai disposé sur cette couche, vous l’emporterez à Gethsémani, vous l’ensevelirez selon la loi de la nature, puis vous vous remettrez de nouveau au service de la Parole, comme il convient. Et si c’est la volonté du Seigneur, vous pourrez me revoir après mon départ.

Pendant cette conversation, le divin Paul, le Vase d’élection, arriva à son tour. Il salua la Mère de Dieu, et tomba à ses pieds. Ouvrant la bouche, il déversa devant elle les torrents de ses louanges.

- Réjouis-toi, Mère de la Vie et Objet de ma prédication ! Je n’ai pas joui de la vue du Christ mon Seigneur avant Son Ascension, mais il me semble Le voir en Te regardant !

Aux côtés de Saint Paul se tenaient ses disciples Saint Denis l’Aréopagite, l’admirable Hiérothée, Timothée, et d’autres Apôtres du groupe des Soixante-Dix. L’Esprit Saint les avait jugés dignes de recevoir l’ultime bénédiction de Marie, la Vierge toute-bénie, et de procéder à ses funérailles dans une plénitude d’honneur. Les appelant chacun par leur nom, elle les bénit, louant leur foi et le labeur qu’ils déployaient pour prêcher le Christ. Elle souhaita à chacun la béatitude éternelle et pria Dieu pour qu’Il protège le monde et lui accorde la paix.

Le quinzième jour du mois d’août arriva, et avec lui la troisième heure du jour. C’était le moment prévu pour la mort de la toute-sainte Mère de Dieu. Les Saints Apôtres allumaient de nombreux cierges, en glorifiant le Seigneur. La Vierge toute-pure était étendue sur sa couche, parée pour l’occasion, prête pour le bienheureux départ. Elle attendait l’arrivée tant désirée de son Fils et Seigneur.

Soudain, la demeure fut embrasée de la lumière ineffable de la gloire divine, qui assombrit la clarté des cierges. Les disciples s’effrayèrent de cette splendeur descendant du ciel. Et voici que le Christ s’avança, le Roi de Gloire, entouré d’une foule innombrable d’Anges, d’Archanges, de Puissances Célestes, d’âmes de Justes, saints Ancêtres, et Prophètes, qui jadis avaient parlé de la Toute-Sainte Vierge. Le Seigneur s’approcha de Sa Mère. Voyant son Fils, la Toute-Pure Lui adressa ce chant coutumier :

- Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur, car Il a jeté les yeux sur l’humilité de Sa servante !

Se relevant de sa couche, elle alla promptement à la rencontre de son Seigneur et s’inclina devant Lui. Il la regarda de Ses yeux aimants et dit :

- Viens, ma toute-proche ! Viens, ma colombe ! Viens, ma perle de grand prix ! Entre dans la demeure de la vie éternelle !

S’inclinant de nouveau, elle répondit :

- Béni est Ton Nom de gloire, Seigneur mon Dieu ! Tu as bien voulu me choisir, moi Ton humble servante, pour accomplir le Mystère ! Souviens-Toi de moi dans Ton Royaume éternel, ô Roi de Gloire ! Tu sais combien je T’ai aimé de tout mon coeur. J’ai conservé le trésor que Tu m’avais confié. A présent, reçois mon âme dans la paix, et protège-la du monde des ténèbres ! Qu’elle n’ait pas à redouter les attaques de Satan !

Le Seigneur la rassura de Ses douces paroles, l’enjoignit de pas craindre la puissance de Satan qu’Il avait piétiné, et l’invita à monter hardiment de la terre vers le ciel. Elle répondit joyeusement :

- Mon coeur est prêt, ô Dieu, mon coeur est prêt !

Puis, pour la seconde fois, elle dit : « Qu’il me soit fait selon Ta parole ! » Ensuite elle s’allongea sur sa couche, et se réjouit beaucoup de voir la Face lumineuse de son Fils, notre Seigneur bien-aimé. Brûlant d’amour et de joie spirituelle, elle remit son âme entre Ses mains, sans souffrance, comme en sombrant dans un très doux sommeil. Celui qu’elle avait engendré sans corruption et enfanté sans douleurs prit tendrement son âme très sainte, et ne permit pas à son corps de voir la corruption.

Aussitôt retentit joyeusement le chant si doux des Anges, qui reprenait souvent les paroles de Gabriel : « Réjouis-Toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec Toi, tu es bénie entre toutes les femmes ! » Solennellement accompagnée de tous les ordres célestes, l’âme très sainte fut conduite au ciel dans les mains du Seigneur.

Les yeux des Apôtres furent dignes de cette divine vision, eux qui jadis avaient contemplé avec attendrissement l’Ascension du Seigneur sur le Mont des Oliviers. Après le premier effroi, les disciples s’inclinèrent devant le Seigneur qui enlevait au ciel l’âme de Sa Mère. Entourant la couche et versant des larmes, ils virent le visage de Marie la Toute-Sainte rayonner comme le soleil. Le corps très pur exhalait un indicible parfum surpassant toutes les senteurs de ce monde. Ce parfum, aucune langue humaine ne saurait le décrire. Tous embrassèrent le saint corps avec crainte et révérence, le vénérant avec honneur, se sanctifiant à son contact, et percevant dans le coeur l’ineffable joie spirituelle qui émanait de la toute-sainte Mère de Dieu. Au seul contact de la Toute-Pure, les malades recouvraient la santé, les yeux des aveugles s’éclairaient, les oreilles des sourds s’ouvraient, les pieds des boiteux s’affermissaient, les esprits impurs s’enfuyaient, et tout mal disparaissait.

Après tous ces événements merveilleux, on mit en branle le cortège qui devait conduire au tombeau le corps de Marie, si agréable à Dieu. Tout d’abord, Saint Pierre, Saint Paul et Saint Jacques, suivis des autres Coryphées, soulevèrent la couche sur leurs épaules. En tête, Saint Jean le Théologien portait le sceptre rayonnant et royal. Le reste de l’assemblée marchait autour des saints Apôtres avec des cierges et des encensoirs, rythmant le chant funèbre. Saint Pierre entonnait, et tous suivaient en parfait accord. On chanta le psaume de David, « quand Israël sortit d’Egypte », ponctuant chaque verset d’un Alléluia. Puis on ajouta d’autres psaumes et chants solennels d’action de grâce, guidé par l’Esprit Saint qui dirigeait les lèvres des chanteurs. Le corps agréable à Dieu de la Vierge toute-pure fut porté glorieusement à travers Jérusalem, de Sion jusqu’à Gethsémani. Un cercle de nuages s’était formé au-dessus de la couche, telle une grande et claire couronne auréolée d’une lumière peu commune. Au dessus de cette nuée se faisait entendre un chant très doux, que tous pouvaient percevoir. La nuée accompagna la Toute-Sainte jusqu’au tombeau.

En cours de route, un événement affligeant eut lieu. Le peuple de Jérusalem, constitué en majorité de juifs incroyants, fut alerté par ces chants inconnus. Voyant le cortège, il sortit des maisons, s’étonnant qu’une telle gloire et qu’un tel honneur fussent accordés à la Mère de Jésus. Apprenant cela, les grands prêtres, ivres de jalousie et de colère, dépêchèrent leurs serviteurs, leurs soldats, et toute une foule brandissant des armes et des pieux, afin de disperser ceux qui portaient le corps de Marie, de tuer les disciples de Jésus, et de brûler leurs dépouilles. Quand ceux qui se préparaient à ce méfait s’approchèrent avec fureur, armés pour le combat, le cercle de nuage qui couronnait la couche mortuaire s’abaissa jusqu’à terre, protégeant les saints Apôtres et ceux qui les accompagnaient. Ainsi, le chant funèbre était perçu de tous, mais ceux qui cherchaient à nuire ne pouvaient rien voir. Les Saints Anges, qui se tenaient invisiblement au-dessus du très saint corps et du choeur des fidèles, frappèrent de cécité les méchants qui se cognaient contre les murs de la ville, cherchant des mains secourables.

Il arriva cependant que par un dessein mystérieux, Dieu voulut accomplir un plus grand miracle. Un des grands prêtres vit le nuage se soulever, dévoilant la multitude des fidèles portant des cierges autour des Apôtres, et la couche de la Toute-Sainte. Renouant en lui-même avec l’ancienne jalousie à l’égard de notre Seigneur, il se dit : « Quel honneur pour ce corps qui as enfanté le menteur, qui a détruit la Loi de nos Pères ! » Profitant de sa forte corpulence, il se précipita avec fureur sur la couche pour renverser le corps très-pur de notre Souveraine. Mais lorsque les mains insolentes atteignirent leur but, elles furent tranchées par un ange, qui brandissait l’épée invisible de la vengeance de Dieu, et pendirent lamentablement à la couche. Le grand prêtre s’écroula. Puis, prenant conscience de son péché, il s’écria tristement :

- Malheur à moi !

Et se tournant vers les Apôtres, il ajouta :

- Ayez pitié de moi, serviteurs du Christ !

Le Saint Apôtre Pierre ordonna l’arrêt du convoi et dit :

- Tu as eu ce que tu voulais ! Comprends donc que le Seigneur est le Dieu des vengeances ! Le Dieu des vengeances va agir avec hardiesse ! Nous ne pouvons guérir ta blessure. Et notre Seigneur, contre lequel vous vous êtes injustement élevés, et que vous avez tué, ne voudra t’accorder la guérison que si tu crois en Lui de tout ton coeur, et si ta bouche confesse Jésus comme Messie et Fils de Dieu !

Aussitôt le grand prêtre s’écria :

- Je crois qu’Il est le Christ, le Sauveur du monde, annoncé par les Prophètes ! Nous aussi, nous avions commencé par croire en Lui, mais par jalousie, nous sommes tombés dans les ténèbres de la méchanceté, et nous n’avons pas voulu confesser la grandeur de Dieu. Nous avons injustement comploté Sa mort. Mais par la puissance de la Divinité, Il est ressuscité le troisième jour, nous couvrant tous de honte, nous qui L’avions haï. Nous nous sommes efforcés de cacher Sa Résurrection en soudoyant les gardes, mais nous n’avons pu y parvenir, car le bruit s’était répandu partout.

Après cette confession brûlante de repentir, les saints Apôtres et les fidèles se réjouirent avec tous les anges, car il y a de la joie pour un seul pécheur qui se repent. Pierre commanda au grand prêtre d’appliquer ses bras au bout des mains tranchées qui pendaient sur la couche, et d’invoquer le nom de la Toute-Sainte Mère de Dieu. Ayant ainsi fait, le grand prêtre fut guéri sur-le-champ. Ses membres redevinrent sains. Seule une sorte de fil rouge indiquait le passage du glaive. Le nouveau converti se prosterna devant la couche, adora le Christ Dieu né de la Vierge toute pure, et magnifia longtemps celle qui L’avait enfanté, offrant de généreuses louanges tirées des prophéties la concernant, ou concernant le Christ son Fils. Tous furent émerveillés de la guérison, et de ces paroles très sages qui chantaient la gloire du Christ, et louaient la toute-pure Mère de Dieu.

Le grand prêtre se joignit aux Saints Apôtres et accompagna le cortège jusqu’à Gethsémani. Nombre de ceux qui avaient été aveuglés prirent conscience de leur péché et montrèrent du repentir. Guidés jusqu’à la Mère de Dieu pour toucher avec foi sa sainte couche, ils retrouvèrent la vue et la santé des yeux de l’âme.

Les Apôtres et la multitude des fidèles parvinrent au village de Gethsémani. Ils déposèrent près du tombeau la couche portant le corps très saint. Alors s’élevèrent de nouveau les cris et les lamentations du peuple. Tous pleuraient d’être orphelins. Tous pleuraient d’avoir été privés d’un tel bien. Chacun se prosternait devant le corps de la toute-sainte Mère de Dieu, l’embrassait, l’arrosait de ses larmes, et lui donnait un dernier baiser. C’est à grand peine qu’on parvint à la mettre au tombeau le soir venu. Et lorsqu’une grande pierre vint sceller la sépulture, la foule ne put s’éloigner, tant l’amour l’attachait à la Mère de Dieu.

Les Saints Apôtres s’attardèrent trois jours durant au village de Gethsémani, chantant et psalmodiant nuit et jour sur le tombeau de la Vierge toute-pure. Pendant ces trois jours, on pouvait entendre dans le ciel les voix très douces des armées célestes, qui chantaient et louaient Dieu, et magnifiaient Sa Mère.

Par un décret de la providence, il advint que l’Apôtre Thomas était absent lors de l’ensevelissement glorieux de la Vierge toute-pure. C’est seulement le troisième jour qu’il arriva à Gethsémani. Il fut fort triste de n’avoir pas été digne, comme les autres Saints Apôtres, de la dernière bénédiction et de l’ultime baiser de la toute-pure Mère de Dieu. Il s’attrista aussi de n’avoir pu voir la gloire divine, et les admirables mystères qui survinrent lors de la Dormition de la Toute-Sainte, et sur le chemin qui avait conduit son corps au tombeau. Les Saints Apôtres, compatissant à sa douleur, se consultèrent, et décidèrent d’ouvrir le sépulcre, afin de lui permettre de voir le corps de notre Souveraine la Mère de Dieu, de se prosterner devant lui, et d’embrasser ses lèvres pour soulager sa peine et trouver un remède à sa tristesse. Lorsqu’ils soulevèrent la pierre, ils furent effrayés, car la tombe était vide. Le corps de la Mère de Dieu n’y reposait plus. On ne pouvait y voir que le linceul, qui exhalait un parfum sublime et puissant. Les Apôtres étaient dans la plus grande perplexité. Ils embrassèrent avec révérence le linceul, versèrent des larmes, et prièrent de concert le Seigneur de bien vouloir leur révéler ce qui était advenu du corps très pur. Parvenus au soir, ils s’assirent et se fortifièrent par un peu de nourriture.

Notre toute-sainte Souveraine, notre Mère à tous, avait jadis apporté la joie à tout l’univers, lors de sa Nativité. Lors de sa Dormition, elle ne voulut peiner personne. Bien plus, elle entendait consoler chacun par sa miséricorde, même ses ennemis, elle qui est la Mère miséricordieuse du Roi de bonté.

Au moment du repas, les Apôtres avaient adopté une pieuse coutume : ils laissaient parmi eux une place vide, dont l’emplacement était marqué par la présence d’un coussin. Ils déposaient sur ce coussin un morceau de pain, dénommé la part du Seigneur. Après le repas, ils se levaient, rendaient grâce, élevaient la part du Seigneur en glorifiant le Nom de la très-sainte Trinité, et terminaient leur prière en disant : « Seigneur Jésus-Christ, aide-nous ! » Puis ils mangeaient la part du Seigneur comme une bénédiction. Ils avaient cette sainte habitude non seulement lorsqu’ils étaient ensemble, mais aussi quand chacun d’entre eux se trouvait seul.

Ainsi ce soir-là, à Gethsémani, alors que leur esprit était tout entier préoccupé de savoir où pouvait bien se trouver le très-saint corps de la Mère de Dieu, la fin du repas arriva. Ils élevèrent comme à l’accoutumée la part du Seigneur, et glorifièrent la très-sainte Trinité. Et voici que retentit dans l’air le chant des anges. Levant les yeux, les Saints Apôtres virent la toute-pure Vierge et Mère de Dieu, qui se tenait, vivante, au milieu d’une multitude d’anges, illuminée d’une gloire ineffable. La Toute-Sainte leur dit : « Réjouissez-vous, car je suis avec vous jusqu’à la fin des jours ! » Remplis de joie, au lieu de prononcer l’habituel « Seigneur Jésus-Christ, aide-nous ! », ils dirent : « Très-sainte Mère de Dieu, aide-nous ! » Et à partir de ce moment-là les Saints Apôtres, et toute l’Eglise avec eux, furent assurés que la toute-pure Mère de Dieu avait été ressuscitée le troisième jour par son Fils et son Dieu, et conduite au ciel avec son corps. S’en retournant au sépulcre, ils prirent la tunique, qui allait devenir une consolation pour les affligés et un témoignage véridique du fait que la Mère de Dieu s’était bien relevée du tombeau.

Il ne convenait pas en effet que le Tabernacle de la Vie fût retenu par la mort et laissé dans la corruption des autres créatures, lui qui avait enfanté dans une chair incorruptible l’Auteur de toutes les créatures. Le Législateur n’ignora pas Sa propre loi, et comme un Fils aimant, il honora comme Lui-même Sa Mère sans tache, la ressuscitant le troisième jour pour la conduire dans le monde céleste, suivant la prophétie du divin David : « Lève-Toi Seigneur, pour entrer dans Ton repos, Toi et l’Arche de Ta sainteté ! » Ces paroles prophétiques trouvèrent ainsi un double accomplissement : à la Résurrection du Seigneur et lors de la résurrection de la Mère de Dieu. Comme celui de son Fils, le tombeau de la Mère de Dieu, taillé dans le rocher, est vide jusqu’à aujourd’hui, et offert à la vénération des fidèles. La providence divine fit en sorte que Saint Thomas ne fût pas présent pour la Dormition de la toute-pure Mère de Dieu. Ainsi le tombeau fut ouvert, et l’Eglise assurée de la résurrection de la Toute-Sainte. Ainsi la Résurrection du Christ avait été attestée par le manque de foi de Thomas.

Ainsi eut lieu la Dormition de notre Souveraine toute-pure et toute-bénie, la Mère de Dieu. Ainsi fut enseveli son corps immaculé. Ainsi advinrent sa résurrection glorieuse et sa montée au ciel dans la chair. Après ces admirables et divins mystères, les Saints Apôtres s’en retournèrent, emportés sur les nuées, vers les pays de leur prédication.

Et maintenant, comment décrire notre Souveraine, la Vierge toute-pure et Mère de Dieu, lorsqu’elle vivait sur cette terre ? Voici ce que dit Saint Ambroise : « Dans sa chair comme dans son esprit, la Vierge était humble. Ses discours étaient sages. Elle était assidue à la lecture, vigilante dans le labeur, lente à parler, et chaste dans sa conversation. Elle s’entretenait avec les hommes comme si elle parlait avec Dieu. Elle n’offensait personne, souhaitait du bien à chacun, ne méprisait aucun homme, fut-il misérable, ne se moquait de personne, et magnifiait tout ce qu’elle voyait. Tout ce qui sortait de ses lèvres était porteur de grâce, ses actes avaient quelque chose de virginal. Sa tenue trahissait la perfection intérieure, la compassion, l’absence de méchanceté ».

Mais à côté de ce caractère si saint, quelle était son apparence ? Voici ce que rapportent Epiphane et Nicéphore : « Elle était digne, constante en toute chose, parlant peu, et seulement si c’était nécessaire, se contentant plutôt d’écouter. Elle n’en était pas moins éloquente, et savait rendre à chacun honneur et vénération. Elle s’adressait à tous sans rire ni trouble, et, mieux encore, sans colère. Sa taille était moyenne. Son visage avait le teint d’un grain de blé, ses cheveux étaient châtains, son regard perçant, et ses prunelles comme les fruits de l’olivier. Ses sourcils étaient inclinés et bien noirs, son nez assez grand, sa bouche comme la fleur de seigle, pleine de douces paroles. Son visage, ni rond ni pointu, était légèrement allongé. Ses doigts étaient très longs. Elle était étrangère à toute vantardise, simple, incapable de simuler quoi que ce soit, sans mollesse aucune, d’une grande humilité. Ses vêtements étaient simples, confectionnés dans une étoffe naturelle, comme le montre aujourd’hui encore son saint voile. Une abondante grâce divine accompagnait chacun de ses actes ».

Et comment est-elle à présent, dans les cieux, à la droite du trône de Dieu ? Il faudrait entendre à ce sujet les bouches des anges, des archanges, et des justes, qui se tiennent devant elle, et se rassasient de la Face de Dieu et de son doux visage ! Ceux-là peuvent parler d’elle suivant leur dignité. Et nous, qui glorifions le Père, le Fils et le Saint Esprit, Dieu unique dans la trinité des personnes, glorifions aussi la toute-pure Mère de Dieu, et vénérons-la avec ferveur, elle qui est glorifiée et magnifiée par toutes les générations dans les siècles, amen !

Tout ce qui concerne le début de la vie de la toute-pure Vierge et Mère de Dieu a été décrit en partie dans les homélies sur les autres fêtes : la Conception, la Nativité, l’Entrée au Temple, l’Annonciation, la Nativité du Christ, et la Sainte Rencontre. Nous ajouterons ici, après le récit de sa Dormition, quelques mots sur la vie de notre Souveraine après l’Ascension du Christ.

Saint Luc écrit dans les Actes des Apôtres qu’après l’Ascension du Seigneur, Ses disciples quittèrent le Mont des Oliviers pour Jérusalem, et pénétrèrent dans la Chambre Haute où s’était tenue la Sainte Cène. Là, dans un même esprit, ils persévérèrent dans la prière et les suppliques en compagnie des femmes, et de Marie, la Mère de Jésus. Après le départ du Seigneur, la Toute-Sainte devint leur unique consolation, leur soulagement dans la tristesse. Elle les affermit et les instruisit dans la foi. Tout ce qu’elle avait gardé dans son coeur des paroles et des miracles, depuis la bonne nouvelle de Gabriel concernant la conception sans semence et la naissance du Christ de son sein virginal, en passant par la petite enfance du Seigneur, jusqu’à Sa vie avant le baptême de Jean, tout cela, elle le fit savoir aux aimables disciples de son Fils. Comme elle tenait de l’Esprit Saint des révélations élevées sur la divinité du Christ et sur le sens de Ses oeuvres, elle put faire le récit détaillé des actes accomplis par la puissance de Dieu avant que le Seigneur ne se fît connaître au monde. Et tout cela fortifia grandement la foi les Apôtres.

Ils priaient donc ensemble dans la Chambre Haute, attendant la venue de l’Esprit Saint que le Seigneur avait promis d’envoyer du Père, et se préparaient à en recevoir les dons. Dix jours après l’Ascension du Christ, quand eut lieu cette descente du très saint Esprit comme des langues de feu sur les Saints Apôtres, le Consolateur commença par reposer sur la très-digne et très-précieuse Vierge, qui était déjà pour Lui une demeure aimée et agréable, un séjour permanent. La Vierge toute-bénie reçut une plus grande part de l’Esprit Saint que les Apôtres. Plus grand est le vase, plus il peut contenir. Comme le proclame l’Eglise, la Vierge toute-pure est pour l’Esprit Saint un réceptacle plus grand que tous les autres, plus grand encore que les Apôtres, les Prophètes, et les Saints : « En vérité, tu es plus élevée que tous, ô Vierge Pure, car tu as contenu, bien plus que tous, les grâces de l’Esprit Saint ! »

Dès que le Seigneur eut dit sur la Croix « Voici ton fils ... voici ta Mère », la Vierge toute-pure s’installa dans la maison du Saint Apôtre Jean le Théologien, sur le Mont Sion. Le disciple la prit chez lui et la servit comme sa propre mère. Après avoir reçu l’Esprit Saint, les Apôtres ne se dispersèrent pas aussitôt dans le monde entier, mais demeurèrent longtemps à Jérusalem, comme en témoignent les Actes. Après la mort du premier martyr Stéphane, il y eut une grande persécution contre l’Eglise de Jérusalem. Les Apôtres mineurs et les fidèles partirent dans toute la Judée et la Samarie, laissant les chefs des Apôtres. Protégés par Dieu, ces derniers restèrent près de dix ans dans la ville sainte, jusqu’au moment où le roi Hérode leva la main pour persécuter l’Eglise. Si certains Apôtres quittaient momentanément Jérusalem, ( Pierre et Jean partirent pour la Samarie ; Pierre guérit Enée le paralytique à Lydda, ressuscita Tabitha à Joppé, baptisa le centurion Corneille à Césarée, fonda le premier trône apostolique à Antioche ; Jacques, frère de Jean, se rendit en Espagne ) ils y revenaient toujours pour le salut du peuple israélite et l’affermissement de la première des Eglises, leur Mère à toutes. Comme le chante Saint Jean Damascène : « Réjouis-toi, Sainte Sion, mère des Eglises, demeure de Dieu, toi la première à recevoir la rémission des péchés ! » Mais les Apôtres retournaient aussi à Jérusalem pour y rencontrer la toute-sainte Vierge et Mère du Seigneur et entendre ses divines paroles. Ils voyaient en elle le représentant du Christ, et contemplaient son digne et très-saint visage comme s’il eût été le visage du Sauveur Lui-même. Ils écoutaient ses douces paroles remplies d’une ineffable joie spirituelle, oubliant leurs peines et leurs malheurs. Leurs coeurs jouissaient du miel des discours de la toute-sainte Mère de Dieu.

Une foule de nouveaux baptisés, venant de pays lointains, s’empressait à Jérusalem pour voir la Mère de leur Dieu et entendre ses très-saints discours. Comme celle du Christ-Sauveur, la gloire de Sa Mère immaculée atteignit les extrémités de la terre, comme en témoigne l’épître de Saint Ignace le Théophore, envoyée d’Antioche à Saint Jean le Théologien : « Nous avons ici de nombreuses femmes qui désirent voir la Mère de Jésus, et tentent chaque jour le voyage pour lui rendre visite, toucher les seins qui ont allaité le Seigneur Jésus, et apprendre d’elle certains mystères. Sa renommée de Vierge et Mère de Dieu, comblée de toutes grâces et de toutes vertus, est parvenue jusqu’à nous. On dit qu’elle traverse gaiement les persécutions et les malheurs, qu’elle ne s’afflige ni de la pauvreté ni de la privation, qu’elle ne s’irrite pas contre ceux qui lui font du mal mais leur dispense plutôt davantage ses bienfaits, qu’elle est douce lors des événements heureux, miséricordieuse à l’égard des pauvres qu’elle aide comme elle le peut. Quand des gens se montrent hostiles à notre foi, elle sait leur résister avec vigueur. Elle enseigne aux fidèles la piété nouvelle, la révérence, et les bonnes oeuvres. Elle aime par dessus tout les humbles et se montre humble elle-même à l’égard d’autrui. Tous ceux qui l’ont vue la louent beaucoup. Elle reste patiente quand les chefs des juifs et les pharisiens se moquent d’elle. Des hommes dignes de foi nous ont rapporté que chez Marie la Mère de Jésus, la sainteté unit la nature humaine à celle des anges. Tout ceci suscite chez nous le vif désir de voir cet étonnant et céleste miracle ». Dans une autre épître destinée à Saint Jean le Théologien, Saint Ignace le Théophore écrit : « Si cela m’était possible, je voudrais venir chez toi voir les fidèles rassemblés là-bas, et surtout la Mère de Jésus. On dit que tous la trouvent étonnante, digne, et très aimable. Tous désirent la voir. Qui ne voudrait voir cette Vierge et s’entretenir avec celle qui a enfanté le vrai Dieu ? »

Ces lettres montrent le grand désir des saints de voir la sainteté de Marie, la Vierge toute-pure. On comprend que ceux qui en furent dignes pouvaient se dire bienheureux. En vérité, bienheureux sont les yeux qui l’ont vue, après le Christ-Sauveur, et les oreilles qui ont été dignes d’entendre les paroles vivifiantes sortant de sa bouche inspirée ! De quelles consolations et de quelles grâces ne furent-ils pas remplis !

Notre Seigneur a laissé Sa Mère vivre sur la terre, afin que par sa présence, ses conseils, ses enseignements, et ses prières ferventes à son Fils et son Dieu, l’Eglise combattante se multiplie, s’affermisse et acquière la hardiesse de résister jusqu’au sang pour son Seigneur. La Mère de Dieu apportait à chacun force et consolation de l’Esprit Saint ; elle priait pour tous. Lorsque les Saints Apôtres furent arrêtés, elle adressa à Dieu une prière pleine de componction, et un ange du Seigneur fut envoyé la nuit pour ouvrir les portes de la prison. Quand le premier martyr Stéphane fut conduit à la mort, elle suivit de loin la foule. Alors qu’on le lapidait dans la vallée de Iosaphat, près du torrent du Cédron, elle était avec Jean le Théologien sur une colline proche, et priait ardemment le Seigneur pour qu’Il fortifiât le Protodiacre dans les souffrances, et reçût son âme entre Ses mains. Quand Paul s’acharna sur l’Eglise, elle adressa de si ferventes prières à Dieu pour le persécuteur, qu’Il changea le loup sauvage en doux agneau, l’adversaire en apôtre, le persécuteur en disciple et docteur de l’univers.

Et quels autres bienfaits l’Eglise primitive n’a-t-elle pas reçus de la toute-pure Mère de Dieu, tel un petit enfant de sa mère ? Quelle grâces n’a-t-elle pas puisées dans cette source intarissable, jusqu’à ce qu’élevée par le renfort de la grâce, elle eût atteint l’âge mûr et se fût tellement affermie que les portes de l’enfer ne pouvaient plus rien contre elle ? La Mère de Dieu était remplie de joie, comme une mère qui se réjouit pour ses enfants (Ps.112,9). Tous les jours, elle voyait la multiplication des enfants de l’Eglise : au début, la prédication de Pierre gagna trois mille âmes, puis ce fut cinq mille, puis des multitudes... Plus tard elle apprit que l’Eglise du Christ gagnait tout l’univers. Ceux qui s’en retournaient à Jérusalem après la prédication venaient tout lui raconter. Comme elle se réjouissait de ces bonnes nouvelles, louant son Fils et son Dieu !

Mais voilà qu’Hérode déclencha une persécution contre l’Eglise, et fit décapiter Jacques, le frère de Jean, qui rentrait d’Espagne. Il se saisit aussi de Pierre, qu’il mit en prison en lui réservant le même sort. Après la libération miraculeuse du Prince des Apôtres, les premiers parmi les Apôtres décidèrent à leur tour de quitter Jérusalem pour fuir les juifs. Ils se dispersèrent dans le monde entier, après avoir tiré au sort les pays de mission. Avant leur départ, ils composèrent le symbole de la foi, afin que tous plantent dans leur coeur d’une même voix la sainte foi dans le Christ. Ils partirent tous pour ces contrées lointaines, sauf Saint Jacques, le frère du Seigneur, qui avait été nommé premier évêque de Jérusalem par le Christ Lui-même.

Saint Jean le Théologien quitta Jérusalem avec la toute-pure Mère de Dieu, s’éloignant momentanément pour fuir les malheurs que provoquaient les juifs jaloux, et cédant la place à la colère, à la cruelle persécution, et aux martyrs. Pour ne pas rester inactifs, ils partirent pour Ephèse, que Jean avait tirée au sort. Il existe une épître destinée au clergé de Constantinople et rédigée lors du Troisième Grand et Saint Concile Oecuménique, qui se tint à Ephèse contre Nestorius. Elle contient les phrases suivantes : « Nestorius, auteur de cette hérésie impie, convoqué par les Saints Pères et Evêques du Concile à Ephèse, où jadis demeurèrent Jean le Théologien et la Sainte Vierge et Mère de Dieu Marie, s’exclut lui-même, troublé par sa mauvaise conscience, et n’osa pas venir. En raison de quoi, après avoir été convoqué trois fois de suite, il fut condamné par le juste jugement du Saint Concile et des divins Pères, et fut déchu de toute dignité sacerdotale »

La Vierge toute-pure se rendit à Ephèse et dans d’autres villes et contrées pour visiter les nouveaux baptisés. Elle alla à Antioche pour rencontrer Saint Ignace le Théophore, comme elle le lui avait promis par écrit : « Je viendrai jusqu’à toi avec Jean, afin de te voir, toi et ceux qui sont avec toi ». Il est dit qu’elle alla aussi à Chypre pour rendre visite à Lazare, le ressuscité du quatrième jour qui était évêque du lieu, et sur le Mont Athos. Rapportons ici le récit du moine Stéphane l’Athonite :

« Après l’Ascension de notre Seigneur Jésus-Christ, les disciples étaient réunis à Sion avec Marie, la Mère de Jésus, attendant le Consolateur, selon l’ordre du Seigneur qui leur avait prescrit de ne pas s’éloigner de Jérusalem et d’attendre la réalisation de Sa promesse. Plus tard, ils tirèrent au sort les pays dans lesquels chacun d’entre eux allait prêcher l’Evangile de Dieu. La Toute-Pure dit alors :

- Je veux moi aussi tirer au sort avec vous, afin de ne pas rester démunie du pays que Dieu voudra bien m’accorder.

Les Apôtres acquiescèrent avec crainte et révérence à la parole de la Mère de Dieu, et le sort lui désigna la terre d’Ibérie. La toute-pure Mère de Dieu reçut la nouvelle avec joie. Aussitôt après avoir reçu l’Esprit Saint sous la forme d’une langue de feu, elle voulut s’en aller sur cette terre. Mais l’ange de Dieu lui dit :

- Ne t’éloigne pas de Jérusalem pour le moment, mais restes-y pour un temps ! Le sort s’éclaircira dans les derniers jours ! Pour un temps, il te faudra peiner sur une terre que Dieu voudra bien t’indiquer.

Et la Toute-Pure demeura un long moment à Jérusalem. Or Lazare, le ressuscité du quatrième jour, résidait dans l’île de Chypre où il avait été sacré évêque par l’Apôtre Barnabé. Dans son grand amour, il souhaitait revoir la Mère toute-pure de notre Seigneur qu’il n’avait pas vue depuis longtemps, mais il n’osait se rendre à Jérusalem par crainte des juifs. Ayant compris cela, la Mère de Dieu lui écrivit pour le consoler, et lui commanda de lui envoyer un bateau afin qu’elle pût venir à Chypre lui rendre visite. A la lecture de la lettre, Lazare se réjouit beaucoup. Touché d’une telle humilité, il s’empressa d’envoyer vers elle un bateau et un courrier. La toute-pure Marie s’en fut sur la mer en compagnie de Jean, le disciple vierge, et d’autres frères qui les suivaient avec révérence. Le navire appareilla pour Chypre. Mais soudain, un vent contraire se leva, et le navire fut détourné de sa route vers une crique abritée du Mont Athos. Ceci fut pour la Mère de Dieu la petite peine que l’ange avait prédite.

La Sainte Montagne était alors pleine d’idoles ; on y trouvait un grand temple et un sanctuaire d’Apollon. Là s’accomplissaient divinations, magies, et autres artifices démoniaques. Les grecs révéraient beaucoup ces lieux, où ils venaient de fort loin pour adorer le dieu, et recevoir une réponse des devins qu’ils consultaient. Lorsque la Mère de Dieu accosta, un grand cri jaillit de toutes les idoles de la péninsule :

- Descendez la montagne vers la crique de Clément, vous tous qui avez été séduits par Apollon, et accueillez Marie la Mère du grand Dieu Jésus !

C’est ainsi que les démons qui habitaient les idoles, contraints par une force divine, annoncèrent la Vérité contre leur volonté, comme jadis les Gadaréniens qui crièrent au Seigneur : qu’y a-t-il entre nous et Toi, Fils de Dieu ? Es-Tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? Entendant cela, le peuple surpris accourut vers la crique et aperçut le bateau de la Mère de Dieu. Il accueillit la Toute-Sainte avec honneur, lui demandant comment elle avait enfanté Dieu et quel était son nom. Ouvrant sa bouche divine, elle annonça en détails la bonne nouvelle de Jésus-Christ, et tous adorèrent le Dieu qu’elle avait enfanté et la vénérèrent. La Toute-Pure accomplit de nombreux miracles, et le peuple, qui avait trouvé la foi, se fit baptiser. Choisissant un chef parmi ses compagnons de voyage, elle l’établit maître des nouveaux baptisés. Puis, se réjouissant en esprit, elle dit :

- Ce lieu, désigné par le sort, m’a été confié par mon Fils et mon Dieu !

Puis elle bénit la foule et ajouta :

- Que la grâce de Dieu demeure sur ce lieu et sur ceux qui y vivront avec foi et piété en accomplissant les commandements de mon Fils et mon Dieu ! Les biens nécessaires à la vie terrestre seront abondants pour eux, sans qu’il faille fournir trop d’efforts. La vie céleste leur sera préparée. La miséricorde de mon Fils ne tarira pas ici jusqu’à la fin des siècles ! Quant à moi, je serai la Protectrice de ce lieu et son fervent Intercesseur devant Dieu !

Ayant dit cela, elle bénit de nouveau le peuple et s’embarqua pour Chypre avec Jean et sa suite.

Parvenue dans l’île, elle trouva Lazare dans une grande tristesse. Inquiet du retard de la Mère de Dieu, il craignait que la tempête ne lui eût causé quelque tort. Il ignorait en effet ce qui était arrivé par la providence de Dieu. Mais la présence de la Mère de Dieu eut tôt fait de changer son affliction en joie. La Toute-Sainte lui offrit une omophore et des manchettes qu’elle avait confectionnés elle-même pour l’occasion, et lui annonça tout ce qui était arrivé à Jérusalem et au Mont Athos, remerciant Dieu pour tout. Elle séjourna quelque temps à Chypre, consola et bénit l’Eglise du lieu, puis reprit la mer pour Jérusalem ».

Dans la ville sainte, la Mère de Dieu habita de nouveau la maison de Jean à Sion, protégée par la toute-puissante main de Dieu des synagogues jalouses et déicides, qui ne cessaient de combattre le Fils de Dieu et ceux qui croyaient en Lui. En aucune façon, ces méchants juifs n’auraient supporté que la Mère de Jésus restât en vie si la Providence ne l’avait protégée, et ils se seraient certainement évertués à la faire périr. Mais les infidèles ne purent mettre la main sur le Tabernacle de Dieu, comme jadis à Nazareth sur son Fils Lui-même, lorsqu’Il fut conduit par une foule pleine de fureur au sommet de la montagne sur laquelle la ville était sise, pour être précipité du haut de la falaise. Passant au milieu d’eux, Il s’était éloigné sans que les juifs furieux ne pussent poser sur lui leurs mains de bourreaux. Ils ne purent toucher Celui que leurs yeux voyaient, car ils étaient retenus par la force invisible de Dieu. Son heure n’était pas encore venue... La Vierge toute-pure vécut donc au milieu d’un grand nombre d’ennemis haineux comme une brebis parmi les loups, comme un lys au milieu des ronces, en répétant fort à propos les paroles de son ancêtre David : le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurai-je crainte ? Le Seigneur est le protecteur de ma vie, devant qui tremblerai-je ? Si une armée campe contre moi, mon coeur ne craindra pas, si un combat s’engage contre moi, alors même je garderai l’espérance ! et encore : si je vais au milieu des ténèbres de la mort, je ne craindrai aucun mal car Toi, mon Fils et mon Dieu, Tu es avec moi.

Saint Denis l’Aréopagite, qui avait été baptisé à Athènes par le Saint Apôtre Paul et était demeuré auprès de lui pendant trois ans, vint aussi à Jérusalem visiter et vénérer la Mère de Dieu, avec la bénédiction de son maître. Ayant vu celle qu’il avait tant désiré rencontrer, il fit part de sa joie spirituelle au Coryphée des Apôtres dans une lettre : « Il me semble impossible, et je le confesse devant Dieu, ô mon guide et mon excellent maître, qu’en dehors du Dieu très-haut, on puisse trouver plus de force divine et d’admirable grâce, d’ailleurs inconcevables par l’esprit de l’homme, qu’en cette personne, que j’ai vue non seulement des yeux du corps, mais aussi de ceux de l’âme. J’ai vu de mes yeux la Mère du Christ Jésus notre Seigneur : elle est, à l’image de Dieu, plus sainte que tous les esprits célestes. La grâce de Dieu, la magnanimité du Prince des Apôtres, et la bonté indescriptible de la Vierge miséricordieuse elle-même, m’ont permis de la voir. Je confesse devant la toute-puissance de Dieu, devant la grâce du Sauveur, devant la dignité glorieuse de la Vierge Sa Mère, que lorsqu’aux côtés de Jean, Prince des Evangélistes et des Prophètes, qui, tout en demeurant dans la chair, rayonne comme le soleil dans le ciel, je fus introduit devant la face de la Vierge toute-sainte, créée à l’image de Dieu, une lumière vive et sans borne m’illumina non seulement extérieurement, mais aussi et surtout intérieurement, me remplissant de parfums si dignes et admirables que mon faible corps et mon esprit ne purent supporter les signes et les prémices de toutes ces béatitudes et gloires éternelles. Mon coeur et mon esprit s’épuisèrent devant cette grâce et cette gloire divines. Je témoigne par Dieu, qui vécut dans le sein virginal, que si je n’avais pas eu en mémoire dans mon esprit nouvellement éclairé tes divins enseignements, j’aurais pensé qu’elle était le vrai Dieu, et je l’aurais adorée comme il convient de L’adorer. Aucune gloire, aucun honneur, ne peut être conçu dans l’esprit d’un homme glorifié par Dieu, à la mesure de la béatitude que j’ai goûtée en cet instant-là, moi l’indigne. Comme je fus fortuné et bienheureux d’avoir été rendu digne de ce moment-là ! Je remercie pour cela le Dieu très-haut et très-bon, la Vierge divine, l’extraordinaire Apôtre Jean, ainsi que toi, Prince de l’Eglise et maître victorieux, de m’avoir manifesté avec miséricorde un tel bienfait ! » On comprend à la lecture de ces lignes quelle grâce divine émanait du visage de notre toute-pure Souveraine lorsqu’elle vivait sur la terre, et combien s’illuminaient les âmes et se réjouissaient les coeurs de ceux qui la voyaient dans la chair. Une multitude innombrable de nouveaux baptisés hommes et femmes, convergeait vers elle de tous les horizons, recevant ses dons, comme d’une vraie mère, de manière égale et impartiale. Sa grâce réjouissait et enrichissait chacun, guérissant les malades, affermissant les faibles, consolant les affligés, fortifiant la foi, apportant l’assurance de l’espérance, la douceur divine, l’amour, et l’amendement des pécheurs.

La Vierge toute-pure sortait souvent de la maison de Jean pour visiter les lieux que son très-aimable Fils avait sanctifiés de Sa présence et de Son sang. Elle visitait Bethléem où Il était né d’elle d’une manière ineffable, sans briser le sceau de sa virginité. Elle faisait le tour de tous les lieux où souffrit volontairement notre Seigneur, les arrosant des larmes abondantes de son amour maternel, et disant : « Là fut tué mon Fils très-aimable, là Il fut couronné d’épines, de là Il sortit en portant Sa croix, là Il fut crucifié ». Près du sépulcre, gagnée par une joie indicible, elle disait : « Là, Il fut enseveli, et ressuscita glorieusement le troisième jour ».

Et il est encore écrit ceci : certains juifs haineux annoncèrent aux grands-prêtres et aux scribes que Marie, la Mère de Jésus, se rendait chaque jour au Golgotha et au sépulcre où son Fils avait été déposé, pliant les genoux et s’affligeant. Aussi plaça-t-on une garde près du tombeau pour en interdire l’accès aux chrétiens. Il est manifeste que la pieuse coutume de visiter les lieux saints et d’y adorer le Christ Dieu qui voulut souffrir pour nous avait été instaurée par la Mère de Dieu elle-même, bientôt suivie par les fidèles. Une garde fut donc placée par les scribes et les grands-prêtres, qui respiraient encore la menace et le meurtre, afin d’interdire à tous l’accès du sépulcre de Jésus et de tuer Sa Mère Marie. Mais Dieu aveugla les yeux des gardes afin qu’ils ne voient pas Marie. Elle continua donc selon son habitude à se rendre en ces lieux, sans que les gardes ne pussent pas la voir, elle ou ses compagnons. Après quelque temps, ils allèrent jurer aux grands-prêtres et aux scribes que personne ne venait plus visiter le sépulcre.

La Mère de Dieu se rendait aussi fréquemment sur le Mont des Oliviers, d’où notre Seigneur était monté au ciel. S’agenouillant, elle embrassait les empreintes que les pieds du Christ avaient laissées sur la pierre. Elle priait là son Fils et son Dieu qu’Il voulût bien la prendre avec Lui, elle aussi, car bien plus encore que Saint Paul, elle voulait être délivrée de la chair et vivre avec le Christ. Souvent elle répétait les paroles de David : Quand irai-je et paraîtrai-je devant la Face de Dieu ? Mes larmes ont été mon pain jour et nuit (Ps.41,3-4), quand verrai-je mon Fils tant aimé, quand irai-je vers Celui qui est assis à la droite du Père, quand me présenterai-je devant le trône de Sa gloire, quand pourrai-je me rassasier de la vue de Sa face ? Ô mon doux Fils, ô mon Dieu ! Il est temps d’être miséricordieux pour Sion, il est temps d’être miséricordieux pour Ta mère, qui s’attriste dans cette vallée des larmes, privée de la vue de Ta très-sainte face ! Fais sortir mon âme de la prison de ce corps ! Comme le cerf languit auprès des eaux vives, ainsi mon âme Te désire, ô Dieu ! (Ps.41,2) Que je sois rassasiée lorsqu’apparaîtra Ta gloire !

La Vierge toute-pure avait pris l’habitude de s’attarder sur le Mont des Oliviers, dans le village de Gethsémani, sur le flanc d’un petit coteau planté d’un verger, dont Zébédée avait jadis fait l’acquisition, et qui était désormais l’héritage de Saint Jean le Théologien. Notre Seigneur avait prié et transpiré le sang dans ce verger avant Sa passion volontaire, et Il y était tombé à genoux sur Sa face devant Son Père céleste. Par la suite, c’est dans ce même verger que Sa Mère toute-pure répandait ses ferventes prières, à genoux aussi, face contre terre, inondant le sol de ses larmes. C’est là qu’elle fut informée, par l’intermédiaire de l’ange, de son transfert imminent vers le ciel, et fut consolée. Avant sa mort, la Vierge toute-pure eut deux apparitions de l’ange, selon le récit de l’historien de l’Eglise, Georges Kedrinos : la première fois, quinze jours avant sa Dormition, et la seconde, trois jours avant. C’est à cette dernière occasion qu’elle reçut la branche du dattier du paradis que Saint Jean le Théologien porta ensuite devant sa couche mortuaire.

Certains ont écrit, comme Saint Meliton, évêque de Sardes, que Saint Jean le Théologien était à Ephèse avant la Dormition de la toute-sainte Mère de Dieu, et qu’il fut, comme les autres Apôtres, ravi sur une nuée pour assister aux funérailles de la Toute-Pure. Mais d’autres, comme Métaphraste et Sophronios, affirment avec assurance que Saint Jean ne s’était pas éloigné de la Mère pleine de grâces, dont il était devenu le fils adoptif, et qu’il la servit toujours comme un fils sincère sert sa mère, la gardant dans sa maison jusqu’à sa mort bienheureuse. Il lui arrivait cependant de s’éloigner pour de courtes périodes dans les villes environnantes comme en témoignent les Actes, mais il le faisait toujours avec l’accord et la bénédiction de la Mère de Dieu. Pendant ses brèves absences et jusqu’au retour de Saint Jean, c’est Saint Jacques le frère du Seigneur et premier évêque de Jérusalem qui veillait sur la Toute-Pure, lui qui en aucun cas ne quittait son trône épiscopal. Si, selon le récit de certains, le Théologien fut ravi sur les nuées à l’instar des autres Apôtres, c’est probablement depuis quelque ville proche.

Qu’on sache également que la Dormition de la toute-pure Vierge et Mère de Dieu doit être fêtée solennellement le quinzième jour du mois d’août ! Cette solennité fut instituée sous le règne du pieux empereur byzantin Maurice. En fêtant ainsi son joyeux transfert vers les cieux, glorifions aussi Celui qui naquit d’Elle et la conduisit au ciel dans la gloire, le Christ notre Dieu, glorifié avec le Père et l’Esprit Saint pour les siècles des siècles, amen !

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vendredi 2 octobre 2009

VIE DE SAINT PAUL


LAVIE, LES EXPLOITS ET LES SOUFFRANCES DU SAINT ET GLORIEUX APÔTRE PAUL,


DIGNE DE TOUTES LOUANGES


(Synaxaire de Saint Dimitri de Rostov - 29 juin)



Avant qu’il ne devînt Apôtre, Saint Paul s’appelait Saul. Né à Tarse en Cilicie, il était de race juive et appartenait à la tribu de Benjamin. Ses nobles parents vécurent d’abord à Rome et vinrent ensuite s’établir à Tarse, avec le titre honorifique de citoyens romains. C’est pourquoi par la suite, Paul reçut le qualificatif de romain. On peut ajouter ici que sa famille comptait le premier martyr Stéphane. Dans sa jeunesse, ses parents le placèrent à Jérusalem pour y faire l’apprentissage des livres saints et de la Loi de Moïse sous la direction du célèbre maître Gamaliel. Au cours de ses études, il avait à ses côtés son ami Barnabé qui devint lui aussi Apôtre du Christ. Ayant bien approfondi la Loi de ses pères, il montra pour elle un zèle ardent, et s’attacha aux pharisiens.


A cette époque, les saints Apôtres propageaient la Bonne Nouvelle du Christ à Jérusalem et dans les villes et contrées alentour, suscitant de grandes discussions avec les pharisiens, les sadducéens, les scribes et les docteurs de la Loi. Ces prédicateurs du Christianisme furent rapidement haïs et persécutés par tous ces juifs. Saul haïssait également les saints Apôtres, et ne voulait même pas les entendre prêcher le Christ. Il se disputait avec Barnabé, devenu Apôtre, et ne cessait de blasphémer la Vérité. Quand son parent, Saint Stéphane, vint à être lapidé par les juifs, non seulement il ne montra aucun regret en voyant versé le sang innocent de sa propre famille, mais il approuva le meurtre, et garda les vêtements des juifs qui frappaient le martyr. Ayant par la suite reçu pleins pouvoirs des sacrificateurs et des anciens, Saul persécuta l’Eglise du Christ, faisant irruption dans les maisons des fidèles, traînant hommes et femmes en prison.


Non content de persécuter les fidèles de Jérusalem, il se rendit à Damas avec des lettres du Sacrificateur. Respirant menace et carnage, il avait l’intention de débusquer les hommes et les femmes croyant au Christ, de s’emparer d’eux et de les conduire dans les liens à Jérusalem. Ceci se passait pendant le règne de l’empereur Tibère.


Alors que Saul s’approchait de Damas, une lumière venant du ciel brilla soudain autour de lui. Il tomba à terre et entendit une voix lui dire :


- Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu ? Saisi d’effroi, il répondit :


- Qui es-Tu, Seigneur ?


- Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons ! Tremblant d’épouvante, Saul ajouta :


- Seigneur, que veux-Tu que je fasse ?


- Relève-toi, entre dans la ville et l’on te dira ce que tu dois faire !


Les soldats qui accompagnaient Saul furent effrayés d’entendre cette voix sans voir personne. Quand Saul se releva, il ne voyait plus rien. Ses yeux charnels étaient frappés de cécité, mais ses yeux spirituels commençaient à s’ouvrir. On le conduisit par la main à Damas où il demeura trois jours, constamment en prière, sans voir, ni manger, ni boire.


A Damas vivait le Saint Apôtre Ananie. Le Seigneur lui apparut dans une vision, lui ordonnant d’aller trouver Saul dans la maison d’un certain Judas, pour rendre la lumière à ses yeux charnels par l’imposition des mains, et à ses yeux spirituels par le baptême. Ananie répondit toutefois :


- Seigneur, j’ai entendu beaucoup de monde parler de cet homme et dire tout le mal qu’il a fait à Tes saints à Jérusalem. Il est ici avec pleins pouvoirs des grands prêtres pour enchaîner tous ceux qui invoquent Ton Nom !


- Va sans crainte, car il est le vase que j’ai choisi pour porter Mon Nom devant les nations païennes, les rois, et les fils d’Israël. Je lui dirai ce qu’il aura à souffrir pour Mon Nom !


Obéissant à l’ordre du Seigneur, Ananie s’en alla trouver Saul et lui imposa les mains. Des sortes d’écailles tombèrent de ses yeux. Baptisé sur-le-champ, il fut rempli de l’Esprit Saint qui le sanctifia pour le ministère apostolique. Son nom fut changé en Paul.


Paul prêcha aussitôt Jésus Fils de Dieu dans les synagogues. Tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient : « N’est-ce pas celui qui, à Jérusalem, persécutait ceux qui invoquent le Nom de Jésus ? N’était-il pas venu ici pour les lier et les conduire devant les principaux sacrificateurs ? »


Avec le temps, Paul prenait de plus en plus d’assurance et troublait les juifs de Damas en leur démontrant que Jésus est le Christ. Au comble de la colère, ils se concertèrent pour le tuer et firent garder nuit et jour les portes de la ville afin qu’il ne pût leur échapper. Mais Ananie et les disciples de Damas eurent vent du complot. Ils le conduisirent de nuit sur les remparts de la ville et le firent descendre le long de la muraille dans une corbeille.


Paul quitta Damas pour l’Arabie, ainsi qu’il l’écrivit plus tard aux Galates : « Je ne consultai ni la chair, ni le sang, je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent Apôtres avant moi, mais je partis pour l’Arabie. Puis je revins encore à Damas. Trois ans plus tard, je remontai à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre ».


A Jérusalem, Paul souhaitait rencontrer les disciples du Seigneur, mais ceux-ci le craignaient, ne pouvant croire qu’il fût des leurs. Finalement, il rencontra le Saint Apôtre Barnabé qui comprit sa conversion, se réjouit de ce revirement, et le conduisit chez les Apôtres. Paul leur raconta comment il avait vu le Christ sur le chemin de Damas, ce qu’Il lui avait dit, et comment il s’était enhardi pour le Nom de Jésus. Son récit emplit les Apôtres d’une sainte joie et ils glorifièrent le Seigneur Christ.


A Jérusalem, Saint Paul engagea la controverse avec les juifs et les grecs. Un jour qu’il se tenait en prière dans le temple, il eut une extase et vit le Seigneur qui lui dit :


- Hâte-toi de sortir de Jérusalem car ils ne recevront pas ici ton témoignage sur Moi !


- Les juifs savent bien que je faisais mettre en prison ceux qui croyaient en Toi, et que je les faisais frapper dans les synagogues. Ils savent aussi que lorsqu’on répandait le sang de Stéphane Ton témoin, j’étais présent, j’approuvais le meurtre et je gardais les vêtements de ceux qui le tuaient !


- Va, Je t’enverrai au loin vers les nations !


Après cette vision, bien qu’il eût aimé rester encore quelques jours à Jérusalem pour jouir de la vue et de la conversation des Apôtres, Paul dut partir, car ceux avec qui il avait argumenté sur le Christ étaient furieux et cherchaient à le tuer. Les frères le conduisirent donc à Césarée d’où il partit pour Tarse.


Paul prêcha la Parole de Dieu dans cette ville jusqu’à l’arrivée de Barnabé qui le conduisit à Antioche. Il y resta une année entière à enseigner dans l’église, et convertit au Christ beaucoup de gens, à qui il donna le nom de chrétiens. Après cette année, Paul et Barnabé revinrent en Palestine pour annoncer aux Saints Apôtres que la grâce de Dieu agissait à Antioche, ce qui réjouit fort l’Eglise de Jérusalem. Ils ramenaient avec eux les nombreux dons des fidèles d’Antioche pour les frères pauvres ou infirmes de Judée. En effet, selon la prophétie de Saint Agabus, (un des Soixante-Dix) une grande famine s’était déclarée sous le règne de l’empereur Claude.


Par la suite, Paul et Barnabé quittèrent de nouveau Jérusalem pour Antioche où ils vécurent un certain temps dans le jeûne et la prière, célébrant la Divine Liturgie et prêchant la Parole de Dieu, jusqu’à ce que l’Esprit Saint les envoie prêcher aux nations. L’Esprit Saint déclara en effet aux anciens de l’Eglise d’Antioche : « Mettez-moi à part Barnabé et Saul pour l’oeuvre pour laquelle Je les ai appelés ! ». Après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent donc les mains et les laissèrent partir.


Poussés par l’Esprit Saint, ils descendirent à Séleucie et s’embarquèrent pour Chypre. A Salamine, ils annoncèrent l’Evangile dans les synagogues. Ayant traversé l’île jusqu’à Paphos, ils rencontrèrent un magicien et faux prophète juif dénommé Elymas ou Bar-Jésus, qui vivait aux côtés du proconsul Sergius Paulus, un homme avisé. Ce proconsul fit appeler Paul et Barnabé et manifesta son désir d’entendre la Parole de Dieu. Ayant écouté les Apôtres, il crut. Mais Elymas le magicien s’interposa et chercha à le détourner de la foi. Alors Paul, empli du Saint Esprit, regarda le magicien et dit : « Ô, homme plein de toutes espèces de ruse et de fraude ! Fils du diable ! Ne cesseras-tu pas de pervertir les voies droites du Seigneur ? Voici que maintenant la main du Seigneur est sur toi, tu seras aveugle, tu ne verras plus le soleil pour un temps ! ». Obscurité et ténèbres tombèrent sur le magicien qui chercha à tâtons quelqu’un pour le guider. Voyant cela, le proconsul fut frappé de l’enseignement du Seigneur. De nombreuses personnes crurent à sa suite et l’Eglise du Christ s’agrandit.


Paul et ses compagnons s’embarquèrent à Paphos pour Pergé de Pamphylie d’où ils partirent pour Antioche de Pisidie (qu’il ne faut par confondre avec Antioche-la-Grande de Syrie). Là ils prêchèrent le Christ. Comme de nombreuses personnes croyaient, les juifs envieux poussèrent les anciens de la ville (qui vivaient dans l’impiété grecque) à chasser sans égards les Saints Apôtres de la ville et de ses limites. Ces derniers, secouant la poussière de leurs pieds, se rendirent à Iconium où ils prêchèrent avec assurance, amenant à la foi une multitude de juifs et de grecs, non seulement par leurs paroles, mais aussi par les signes et miracles que leurs mains accomplissaient. C’est là qu’ils convertirent Sainte Thècle la vierge pour la fiancer au Christ. Les juifs incrédules incitèrent de nouveau les grecs et leurs chefs à rejeter les Apôtres et à les lapider. Cependant ces derniers eurent vent de l’affaire et purent s’enfuir en Lycaonie, à Lystres, à Derbé et leurs environs où ils prêchèrent.


Il y avait là un boiteux de naissance qui ne pouvait aucunement marcher. Par le Nom du Christ ils le mirent sur ses pieds et d’un bond, il marcha. Devant ce miracle le peuple proclama haut et fort en langue lycaonienne : « Les dieux sont descendus parmi nous sous forme humaine ! ». Ils appelèrent Barnabé Zeus et Paul Hermès, et des jeunes gens amenèrent taureaux et couronnes pour leur offrir un sacrifice. Voyant cela, Paul et Barnabé déchirèrent leurs vêtements et crièrent à la foule : « Pourquoi agissez-vous ainsi ? Nous sommes des hommes de la même nature que vous ! ». Et ils leur parlèrent du Dieu unique, Créateur de la terre et de la mer, qui offre les pluies du ciel et les saisons fertiles, qui donne la nourriture en abondance, et remplit de joie le coeur des hommes. Mais c’est à grand peine que ces paroles les empêchèrent de leur offrir un sacrifice.


Alors qu’ils demeuraient à Lystres, des juifs vinrent d’Iconium et d’Antioche pour inciter la foule à s’écarter des Apôtres en les accusant de mensonge. Ils firent si bien qu’ils poussèrent les habitants à un mal plus grand encore : ils lapidèrent Paul, qui détenait la Parole, et le laissèrent pour mort à l’extérieur de la ville. Il put cependant se relever, retourner dans la ville et retrouver Barnabé, avec lequel il partit le lendemain matin pour Derbé. Après y avoir prêché la Bonne Parole et instruit de nombreuses personnes, ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie, fortifiant les âmes des disciples et les exhortant à demeurer fermes dans la foi. Priant et jeûnant, ils nommèrent des anciens pour chaque Eglise et les recommandèrent au Seigneur en Lequel ils avaient cru. Ensuite, ils traversèrent la Pisidie pour se rendre en Pamphylie, annoncèrent la Parole du Seigneur à Pergé, puis descendirent à Attalie. De là, ils s’embarquèrent pour Antioche de Syrie où l’Esprit les avait envoyés au début de leur ministère pour prêcher la Parole du Seigneur. A Antioche, ils rassemblèrent l’Eglise et racontèrent ce que Dieu avait fait d’eux et des païens qu’ils avaient convertis au Christ.


Peu de temps après, les juifs convertis et les grecs d’Antioche eurent une discussion sur la circoncision. Les uns disaient qu’il était impossible d’être sauvé sans être circoncis, les autres trouvaient la chose trop pénible. Paul se rendit à Jérusalem avec Barnabé pour traiter de cette question avec les Apôtres et les anciens, et leur annonça comment Dieu avait ouvert aux païens les portes de la foi, nouvelle qui réjouit beaucoup tous les frères de Jérusalem. Les Saints Apôtres et les anciens se réunirent donc et décidèrent d’abroger la circoncision de l’Ancien Testament, désormais inutile devant la grâce. Ils commandèrent de s’abstenir de la viande sacrifiée aux idoles et de l’impudicité, et de n’offenser en rien le prochain.


Après cela, ils renvoyèrent Paul et Barnabé à Antioche avec Jude et Silas, où ils demeurèrent assez longtemps avant de se séparer de nouveau pour aller vers les païens. Barnabé se rendit à Chypre avec Marc son parent. Quant à Paul, il choisit Silas et partit dans les villes de Syrie et de Cilicie pour y fortifier les Eglises. Parvenu à Derbé et à Lystres, il dut circoncire son disciple Timothée à cause des murmures des juifs. De là, il gagna la Phrygie et la Galatie, puis traversa la Mysie jusqu’à Troas, avec l’intention de gagner la Bithynie, ce que l’Esprit Saint ne lui permit pas de faire.


Alors que Paul se trouvait à Troas avec ses disciples, il eut une vision nocturne : un homme qui avait l’apparence d’un Macédonien se tint devant lui pour le prier de venir aider son pays. Paul comprit que le Seigneur l’y appelait à prêcher la Bonne Nouvelle.


Ayant quitté Troas avec ses disciples, Paul atteignit Samothrace, puis, au matin, Néapolis. Il atteignit ensuite la ville de Philippes, en Macédoine, où vivaient des romains. Il y baptisa une marchande de pourpre dénommée Lydie, après lui avoir enseigné la foi au Christ. Elle l’invita à demeurer dans sa maison avec ses disciples.


Un jour, alors que Paul se rendait à l’église avec ses disciples pour la prière, une jeune fille vint à leur rencontre. Cette jeune fille était possédée d’un esprit malin divinateur duquel ses maîtres tiraient grand profit. Suivant Paul et ses compagnons, elle criait sans relâche : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Tout-Puissant qui nous annoncent la voie du salut! » Elle harcela Paul de cette façon pendant de nombreux jours. Celui-ci, excédé, finit par se retourner et chasser l’esprit en invoquant le Nom du Christ. Les maîtres de la jeune fille, voyant s’évaporer la source de leurs gains, se saisirent de Paul et de Silas et les conduisirent devant les princes et les stratèges en disant : « Ces hommes troublent notre ville ! Ce sont des juifs qui enseignent des coutumes que pour nous, romains, il ne convient ni d’accepter ni de suivre ! » . Les stratèges arrachèrent leurs vêtements et les firent bastonner, leur occasionnant de nombreuses blessures, puis ils les firent jeter en prison. Vers minuit, alors qu’ils priaient, la prison trembla, ses portes s’ouvrirent et les liens des prisonniers furent rompus. Voyant cela, le geôlier crut au Christ et conduisit les prisonniers chez lui, lava leurs plaies, et se fit baptiser avec toute sa maisonnée. Ensuite, il leur prépara un repas, après quoi ils retournèrent tous dans la prison. Au matin, les stratèges se repentirent d’avoir fait battre des innocents et ils envoyèrent des hommes les libérer, leur donnant la possibilité de partir où ils le souhaitaient. Mais Paul leur dit : « Après nous avoir battu publiquement et sans jugement, nous qui sommes citoyens romains, ils nous ont jetés en prison ! Et voilà que maintenant, ils nous en font sortir secrètement ! Il n’en sera pas ainsi ! Qu’ils viennent eux-mêmes nous mettre en liberté ! » Les messagers s’en retournèrent auprès des stratèges pour leur rapporter les paroles de Paul. Ceux-ci eurent peur en apprenant que les prisonniers qu’ils avaient battus étaient des citoyens romains. Ils vinrent donc les supplier de quitter la ville. Quittant leur cellule, Paul et ses compagnons se rendirent à la maison de Lydie où ils avaient séjourné à leur arrivée : ils y consolèrent les frères qui y étaient rassemblés et les embrassèrent. Puis ils partirent pour Amphipolis et Apollonie.


Par la suite, ils parvinrent à Thessalonique où ils convertirent une grande multitude de gens en prêchant la Bonne Parole. Les juifs jaloux rassemblèrent quelques méchants hommes et attaquèrent la maison de Jason où habitaient les Apôtres. Ne les ayant pas trouvés, ils s’emparèrent de Jason et de quelques autres frères, et les traînèrent devant les magistrats. Ils les accusèrent de s’opposer à César en invoquant un autre Roi dénommé Jésus. Jason eut bien du mal à se libérer de cette calamité. De leur côté, les saints Apôtres s’étaient cachés en attendant de pouvoir quitter la ville de nuit pour se rendre à Bérée. Mais là aussi, la méchante jalousie des juifs ne laissa pas Paul en paix. En effet, les juifs de Thessalonique apprirent que Paul prêchait aussi la Parole de Dieu à Bérée, et ils vinrent y soulever le peuple contre lui. Le Saint Apôtre dut de nouveau prendre la fuite en direction de la mer, non qu’il eût peur de la mort, mais parce que les frères le priaient instamment de préserver sa vie pour le salut d’une multitude. Silas et Timothée restèrent à Bérée pour affermir la foi des prosélytes, car les juifs en voulaient uniquement à la tête de Paul.


Paul s’embarqua sur un navire en partance pour Athènes. Constatant que cette ville était pleine d’idoles, il fut irrité de voir tant d’âmes se perdre. Il se mit donc à débattre avec les juifs dans les synagogues, et avec les grecs et leurs philosophes sur les places publiques. Ces derniers le conduisirent à l’Aréopage (c’est ainsi qu’on appelait le lieu situé près du temple d’Arès où l’on prononçait les condamnations à mort). Certains avaient dans la tête d’entendre des nouveautés mais d’autres, comme l’a dit Saint Jean Chrysostome, attendaient l’occasion de le livrer au jugement, aux souffrances et à la mort, au cas où ils viendraient à entendre de sa bouche quelque chose qui méritât le châtiment. Il entama son discours par une allusion à un autel d’Athènes dédié à un Dieu inconnu, et leur parla du vrai Dieu qu’ils ne connaissaient pas en disant : « Le Dieu que vous révérez sans le connaître, c’est Celui-là que je vous annonce ! ». Et il leur présenta le Dieu qui avait créé le monde entier. Puis il aborda le sujet du repentir, du jugement et de la résurrection des morts. En entendant parler de résurrection des morts, certains se moquèrent, mais d’autres voulurent en savoir davantage... A l’issue de ce discours, Paul quitta l’Aréopage sans condamnation, et la Parole de Dieu s’appropria quelques âmes : quelques hommes s’attachèrent en effet à l’Apôtre, dont Denis l’Aréopagite, une femme honorable dénommée Damaris, et d’autres qui demandèrent à recevoir le baptême.


Paul quitta ensuite Athènes pour Corinthe où il demeura chez un juif dénommé Aquilas. Timothée et Silas vinrent de Macédoine le rejoindre et c’est ensemble qu’ils servirent la Parole. Aquilas et sa femme Priscilla étaient fabriquants de tentes. Paul apprit leur métier et put ainsi gagner sa nourriture et celle de ses compagnons par le travail de ses mains. Comme il le dira plus tard aux Thessaloniciens : « Nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne. C’est dans le travail et la peine que nous avons été nuit et jour à l’oeuvre, pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous » (2Thes.,3,8). Chaque samedi, il discutait avec les juifs dans les synagogues, démontrant que Jésus est véritablement le Christ, le Messie. Mais les juifs contestaient et l’injuriaient, si bien qu’il finit par secouer ses vêtements et dire : « Que votre sang retombe sur votre tête ! J’en suis pur ! A présent, je vais chez les païens ! » Comme il s’apprêtait à quitter Corinthe, le Seigneur lui apparut de nuit dans une vision et lui dit : « Ne crains point car Je suis avec toi, et personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal car J’ai un peuple nombreux dans cette ville ! ». C’est ainsi que Paul demeura un an et six mois à Corinthe et y enseigna la Parole de Dieu aux juifs et aux grecs. De nombreuses personnes se firent baptiser, notamment Crispus, le chef de la synagogue, qui crut au Seigneur avec toute sa famille. Mais certains juifs s’accordèrent pour attaquer Paul et le traîner au tribunal du frère du philosophe Sénèque, le proconsul Gallion, qui déclara : « S’il avait commis quelque injustice je l’aurais jugé, mais je ne veux pas prendre parti dans les controverses sur les paroles de votre loi ! ». Et il les chassa du tribunal sans juger Paul. Celui-ci demeura encore assez longtemps à Corinthe, puis il embrassa les frères et s’embarqua pour la Syrie avec ses compagnons. Aquilas et Priscilla le suivirent, et ils accostèrent à Ephèse.


Là, ils prêchèrent la Parole de Dieu. Paul accomplit de nombreux miracles, non seulement en imposant les mains aux malades, mais aussi par l’intermédiaire de linges imbibés de sa sueur. On appliquait ces derniers sur des malades qui étaient ainsi guéris de leurs maux ou bien délivrés des démons. Voyant ceci, quelques exorcistes juifs ambulants décidèrent d’invoquer à leur tour le Nom de Jésus pour délivrer une personne possédée par des esprits malins. Ils dirent : « Nous vous conjurons par ce Jésus que Paul prêche ! ». Mais les esprits malins répondirent : « Nous connaissons Jésus et nous savons qui est Paul, mais vous, qui êtes-vous ? » Et le possédé se jeta sur eux, les maîtrisa, les battit, et les blessa de telle manière qu’ils s’enfuirent nus. Cette anecdote fut connue de tout Ephèse, semant la peur chez les juifs, si bien que le Nom de Jésus fut magnifié et que de nombreuses personnes crurent en Lui. Il se trouva même un certain nombre de ceux qui avaient pratiqué l’art de la magie pour venir à la foi : ce faisant, ils rassemblèrent leurs livres de magie et les brûlèrent aux yeux de tous. Or, la valeur de ces livres fut estimée à cinquante mille pièces d’argent. Ainsi, la Parole de Dieu croissait en puissance.


Après cela, Paul conçut le projet de partir pour Jérusalem et précisa : « Quand je m’y serai rendu, il conviendra que je voie aussi Rome ! ». Il quitta donc Ephèse après un séjour de trois ans, qui se termina par d’importants désordres provoqués par les adorateurs d’Artémis. Puis il se rendit à Troas avec ses compagnons et y resta sept jours. Alors qu’ils étaient dans cette ville, les disciples se rassemblèrent le premier jour de la semaine pour rompre le pain, après quoi Paul entreprit avec eux un long entretien qui se prolongea jusqu’à minuit. La chambre dans laquelle avait lieu la réunion était fortement éclairée ; un jeune homme s’endormit sur le bord d’une fenêtre, tomba du troisième étage et mourut. Paul descendit, se pencha sur lui, le prit dans ses bras et dit : « Ne vous troublez pas ! Son âme est en lui ! ». Il remonta dans la chambre et on ramena le jeune homme vivant. L’entretien se poursuivit jusqu’à l’aube et Paul partit après avoir embrassé les fidèles. Parvenu à Milet, il envoya chercher les anciens de l’Eglise à Ephèse, car il ne voulait pas y retourner lui-même pour ne pas retarder davantage son arrivée à Jérusalem. Comme les anciens arrivaient, il leur dit : « Prenez garde à vous-mêmes, veillez sur tout le troupeau sur lequel l’Esprit Saint vous a établi évêques, et paissez l’Eglise que le Seigneur s’est acquise par son propre sang ! ». Et il leur prédit que des loups cruels s’introduiraient parmi eux après son départ. Il leur parla également du voyage qu’il projetait d’entreprendre : « Je vais à Jérusalem, lié par l’Esprit Saint, sans savoir ce qui m’attend. L’Esprit Saint m’a seulement prévenu que des liens et des tribulations m’attendent. Je ne considère cependant pas ma vie comme précieuse, l’essentiel étant que j’accomplisse avec joie ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur ! » Et comme il ajoutait : « Maintenant, voici que je m’en vais et qu’aucun d’entre vous ne verra plus mon visage ! », tous fondirent en larmes, se jetèrent à son cou, l’embrassèrent, s’affligeant de ce qu’il avait dit qu’ils ne reverraient plus jamais son visage, et l’accompagnèrent jusqu’au navire. Il donna à chacun un dernier baiser et commença son voyage. Après avoir traversé de nombreuses villes et régions côtières et avoir mouillé dans plusieurs îles, il accosta à Ptolémaïs et parvint à Césarée. Il logea là chez le Saint Apôtre Philippe, l’un des sept diacres, où il reçut la visite d’un prophète dénommé Agabus. Ce dernier prit la ceinture de Paul, se lia les pieds et les mains et dit : « Ainsi parle l’Esprit Saint ! Les juifs de Jérusalem lieront ainsi l’homme auquel appartient cette ceinture ! Ils le livreront aux mains des païens ». En entendant cela, les frères en larmes prièrent Paul de ne pas monter à Jérusalem. Mais celui-ci répondit : « Qu’avez-vous à pleurer et me briser le coeur ? Non seulement je veux être lié, mais je suis prêt à mourir à Jérusalem pour le Nom du Seigneur Jésus ! » Les frères se turent, puis conclurent en disant : « Que la volonté de Dieu soit faite! ».


Sur ce, Paul monta à Jérusalem avec ses disciples, parmi lesquels se trouvait Trophime d’Ephèse, un grec converti au Christ. A Jérusalem, Paul fut reçu avec amour par le Saint Apôtre Jacques, frère du Seigneur, et par tous les fidèles de l’Eglise. Ces jours-là, des juifs d’Asie vinrent à Jérusalem pour la fête. Ils haïssaient Paul et s’étaient élevés partout contre lui en Asie. L’ayant aperçu en ville en compagnie de Trophime d’Ephèse, ils allèrent trouver les grands sacrificateurs, les scribes et les anciens, l’accusant de détruire la loi de Moïse en ordonnant de ne pas se faire circoncire et en prêchant partout le Christ crucifié. Ils s’excitèrent ainsi les uns les autres pour se saisir de lui. Le jour de la fête, les juifs d’Asie le virent dans le temple, l’accusèrent, soulevèrent le peuple contre lui et se saisirent de lui en criant : « Peuple israélite, au secours ! Voici celui qui prêche partout contre notre peuple, contre la loi, contre ce lieu, et qui blasphème ! Il a même profané ce lieu saint en y introduisant des grecs ! » Ils pensaient en effet que Paul était entré au temple avec Trophime. Toute la ville s’agita, les gens accoururent et se saisirent de Paul, le traînèrent hors du temple et fermèrent les portes derrière lui. Leur intention était de le mettre à mort à l’extérieur pour ne pas souiller le lieu saint. A ce moment-là, le tribun de la cohorte qui gardait la ville apprit que tout Jérusalem s’était soulevé. Il accourut avec ses soldats et les centurions. Voyant les soldats et le tribun, les gens cessèrent de frapper Paul. Le tribun ordonna qu’on se saisît de lui, le fit lier par deux chaînes de fer et lui demanda qui il était et quel mal il avait commis. Le peuple criait de le tuer. Le tumulte était tel que le tribun ne put comprendre la faute de Paul. Il fit donc conduire le prisonnier dans la forteresse. Les soldats s’exécutèrent, traversant cette multitude qui réclamait la mort. Alors qu’ils arrivaient sur une hauteur, Paul demanda au tribun l’autorisation de dire quelques mots au peuple, et le tribun la lui accorda. Paul s’adressa au peuple en langue hébraïque en disant : « Frères et pères ! Ecoutez ce que j’ai maintenant à vous dire pour ma défense !... ». Et il leur parla de son zèle de jadis pour la Loi de Moïse. Puis il raconta comment, sur le chemin de Damas, il fut illuminé par une lumière céleste et vit le Seigneur qui l’envoya vers les païens. Mais le peuple ne voulut pas écouter plus longtemps et cria au tribun : « Ote de la terre un tel homme ! Il n’est pas digne de vivre ! » Ils poussèrent des cris, jetèrent leurs vêtements, lancèrent de la poussière en l’air et exigèrent avec fureur la mort de Paul. Le tribun fit entrer ce dernier dans la forteresse et il lui fit donner le fouet pour savoir pour quel motif le peuple criait ainsi contre lui. Pendant qu’on le fouettait, Paul s’adressa au centurion qui se tenait à ses côtés :


- Vous est-il permis de battre ainsi de verges un citoyen romain qui n’est même pas condamné ?


A ces mots, le centurion s’approcha du tribun et lui dit :


- Regarde ce que tu vas faire ! Cet homme est citoyen romain !


Le tribun s’approcha de Paul et lui dit :


- Es-tu romain ?


- Oui !


- C’est avec beaucoup d’argent que j’ai acquis ce droit de citoyenneté !


- Moi, c’est de naissance !


Sur ce, le tribun fit délier Paul. Le lendemain matin, il convoqua les principaux sacrificateurs et les anciens et fit appeler le prisonnier. Fixant le sanhédrin du regard, Paul dit :


- Frères ! C’est en toute bonne conscience que je me suis conduit jusqu’à ce jour devant Dieu !


A ces mots, le souverain sacrificateur Ananie ordonna à ceux qui se tenaient près de Paul de le frapper sur la bouche. Alors Paul lui dit :


- Dieu te frappera, muraille blanchie ! Tu es assis pour me juger suivant la loi et tu violes la loi en ordonnant de frapper un innocent !


Paul comprit que cette assemblée était composée en partie de pharisiens et en partie de sadducéens, c’est pourquoi il s’écria devant le sanhédrin :


- Frères ! Je suis pharisien et fils de pharisien ! C’est à cause de l’espérance dans la résurrection des morts que je suis mis en jugement !


Lorsqu’il eut dit cela, une vive discussion s’éleva entre pharisiens et sadducéens et l’assemblée se divisa. Les sadducéens disaient qu’il n’y a pas de résurrection, pas plus que d’ange ni d’esprit, alors que les pharisiens affirmaient le contraire. Une grande clameur ne tarda pas à s’élever, car les pharisiens avouaient ne trouver aucun mal en cet homme alors que les sadducéens pensaient le contraire, et ce fut la discorde. Le tribun, craignant que Paul ne fut mis en pièces, ordonna de le faire sortir et de le conduire dans la forteresse. La nuit suivante, le Seigneur apparut à Paul et lui dit : « Prends courage ! De même que tu as témoigné de Moi à Jérusalem, il faut que tu Me rendes témoignage à Rome ! ».


Le jour suivant, certains juifs ourdirent un complot et firent voeu de s’abstenir de nourriture et de boisson jusqu’à ce qu’ils aient tué Paul. Ils étaient en tout plus de quarante hommes. Ayant eu vent de l’affaire, le tribun envoya Paul sous bonne escorte à Césarée chez le gouverneur Félix. Les principaux sacrificateurs, aussitôt avertis, se rendirent à Césarée pour calomnier Paul devant le gouverneur. Pourtant, ils ne parvinrent pas à obtenir sa mort, car aucune faute justifiant une telle sentence ne pouvait lui être imputée. Toutefois, le gouverneur garda Paul en prison pour être agréable aux juifs. Deux ans s’écoulèrent ainsi, jusqu’à ce que Félix fût remplacé par Porcius Festus. Les principaux sacrificateurs demandèrent au nouveau gouverneur d’envoyer Paul à Jérusalem, en préparant un guet-apens pour le tuer en chemin. Festus demanda à Paul s’il voulait se rendre à Jérusalem pour y être jugé et celui-ci répondit : « Je me trouve ici devant le tribunal de César où je dois être jugé. Si j’ai commis quelque crime méritant la mort, je ne refuse pas de mourir. Mais si on ne trouve pas en moi ce qui a poussé ceux de Jérusalem à me calomnier, alors personne ne pourra me livrer à eux car j’en appelle à César ». Sur ce, Festus délibéra avec le conseil puis déclara à Paul : « Tu en as appelé à César, tu iras devant César ! ».


Quelques jours plus tard, le roi Agrippa arriva à Césarée et demanda à voir Paul. Une fois devant lui et Festus, Paul parla du Seigneur Christ, et leur raconta comment il avait été amené à la foi. Comme Agrippa lui disait : « Encore un peu et tu vas faire de moi un chrétien ! », Paul rétorqua : « Qu’il s’en faille de peu ou de beaucoup, plaise à Dieu que non seulement toi, mais tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui deviennent tels que je suis moi-même, à l’exception de ces chaînes ! ». Sur ces paroles, le roi, le gouverneur et leur suite se retirèrent en se disant les uns aux autres : « Cet homme n’a rien fait qui mérite la mort ou la prison ! ». Agrippa dit à Festus : « Cet homme aurait pu être relâché, s’il n’en avait pas appelé à César ! ». C’est ainsi qu’on décida d’envoyer Paul à Rome devant César et qu’il fut remis avec d’autres prisonniers entre les mains du centurion Julius de la cohorte Augusta. Ils embarquèrent sur un navire et le voyage commença.


La route ne fut pas sans difficultés, à cause des vents contraires. Parvenus en vue de la Crète et d’un lieu dénommé Bons-Ports, Paul devina l’avenir et suggéra de s’arrêter là pour passer l’hiver. Mais le centurion préféra écouter l’avis du timonier et de l’armateur, et ils continuèrent leur route. De nouveau en pleine mer, une tempête très violente s’éleva. On ne vit ni le soleil ni les étoiles pendant deux semaines, au point de perdre toute idée de l’endroit où l’on se trouvait. Malmenés par les vagues, désespérés, les voyageurs ne mangeaient rien, attendant la mort. Le navire comptait en tout deux cent soixante-seize âmes. Une nuit Paul les consola : « Mes amis, il aurait fallu m’écouter et ne pas quitter la Crète ! Toutefois, je vous exhorte à ne pas perdre courage car aucun de vous ne périra. Seul le navire sera perdu. Cette nuit, un ange de Dieu m’est apparu et m’a dit : Ne crains pas, Paul, il faut que tu comparaisses devant César et voici que Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi. C’est pourquoi, mes amis, rassurez-vous ! J’ai confiance en Dieu qu’il en sera ainsi ». Puis il les exhorta à prendre un peu de nourriture et ajouta : « Ne craignez pas, car pas un cheveu de vos têtes ne sera perdu ! ». Ayant dit cela, il prit du pain, rendit grâce à Dieu et mangea. Tous, réconfortés, prirent un peu de nourriture. Comme le jour se levait, ils aperçurent la terre sans toutefois savoir de quel lieu il s’agissait. Ils dirigèrent le navire vers la côte. Parvenu près du rivage, le navire s’échoua. La proue, prise sur un récif, s’immobilisa, tandis que la poupe se brisait sous la violence des vagues. Les soldats se concertèrent pour tuer les prisonniers afin qu’aucun d’eux ne s’enfuît, mais le centurion, qui voulait sauver Paul, les empêcha d’exécuter leur dessein et ordonna à ceux qui savaient nager de se jeter à l’eau les premiers pour gagner la terre. Les autres quittèrent le navire à leur suite, qui sur des planches, qui sur des débris flottants. Tous atteignirent vivants la terre. Ils apprirent que l’île sur laquelle ils avaient échoué s’appelait Malte. Les barbares qui peuplaient l’île leur témoignèrent beaucoup de bienveillance. Ils firent un grand feu à cause du froid et de la pluie qui tombait, pour permettre aux naufragés de se réchauffer. Comme Paul ramassait des broussailles pour alimenter le feu, une vipère, réveillée par la chaleur, se suspendit à sa main. Quand les barbares virent le serpent suspendu à la main de Paul, ils se dirent : « Assurément, cet homme est un meurtrier puisque la justice de Dieu n’a pas voulu le laisser vivre après qu’il eût été sauvé de la mer ! » Mais Paul secoua le serpent dans le feu sans subir aucun mal. Les gens pensaient le voir enfler et mourir sous l’effet du venin. Après avoir attendu longtemps sans que rien ne se produisît, ils changèrent d’avis et pensèrent qu’ils avaient affaire avec un dieu.


Le personnage principal de l’île, un certain Publius, reçut les naufragés et s’occupa d’eux pendant trois jours. Son père, souffrant des intestins et de la fièvre, était alité. Entrant chez lui, Paul pria le Seigneur, lui imposa les mains et le guérit. Là-dessus, les autres malades de l’île accoururent et furent tous guéris par Paul. Ils séjournèrent trois mois dans l’île, puis prirent un autre navire qui les conduisit à Syracuse, et de là à Rhegium (Reggio) et à Puteoli (Pouzzoles), après quoi ils atteignirent Rome.


Apprenant l’arrivée de Paul, les frères de Rome vinrent à sa rencontre jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois-Cavernes. Paul se réjouit en les voyant, et rendit grâce à Dieu. A Rome le centurion qui accompagnait les prisonniers depuis Jérusalem les remit au stratège, qui permit à Paul d’habiter seul, sous la garde d’un seul soldat. Paul résida ainsi à Rome deux ans, recevant tous ceux qui venaient lui rendre visite et prêchant le Royaume de Dieu et tout ce qui concerne notre Seigneur Jésus-Christ, sans obstacle et avec grande audace.


Tout ce que nous avons raconté jusqu’ici de la vie et des labeurs de Saint Paul nous vient des actes des Apôtres écrits par Saint Luc. Il parle lui-même de ses souffrances ultérieures dans l’épître aux Corinthiens : « Pour les travaux, bien plus, pour les coups bien plus, pour les emprisonnements, bien plus. Souvent en danger de mort; cinq fois j’ai reçu des juifs quarante coups moins uns, trois fois j’ai été battu de verges, une fois lapidé, trois fois j’ai fait naufrage, j’ai passé un jour et une nuit dans l’abîme, et souvent j’ai cheminé sur les routes ». De même qu’il avait arpenté la terre et la mer dans toutes ses dimensions au cours de ses voyages, il contempla l’Auteur Divin en étant ravi jusqu’au troisième ciel. Car le Seigneur, pour consoler son Apôtre des pénibles labeurs supportés en Son Nom, lui révéla les biens célestes que l’oeil n’a point vus, et lui fit entendre des paroles ineffables qu’il n’appartient pas à l’homme de rapporter.


Eusèbe de Pamphylie, évêque de Césarée de Palestine, a copié les actes de l’Eglise. Il nous a laissé le récit des derniers exploits du Saint Apôtre Paul. Il raconte qu’après avoir été incarcéré deux ans à Rome, il fut finalement déclaré innocent et libéré. Par la suite, il prêcha la Parole de Dieu tant à Rome que dans d’autres régions d’occident.


Saint Siméon Métaphraste rapporte qu’après son emprisonnement, Saint Paul resta encore quelques années à Rome pour y prêcher le Christ, puis quitta la capitale pour entreprendre des voyages en Gaule, en Espagne et en Italie, éclairant de la lumière de la foi les nombreux païens qu’il tirait du leurre des idoles. Alors qu’il était en Espagne, une femme noble et riche qui avait entendu parler de la prédication des Apôtres voulut le voir, et exhorta son mari Probus à inviter le saint chez eux. Alors que Saint Paul entrait dans leur demeure, cette femme, dénommée Xanthippe, vit sur le front de l’Apôtre cette inscription en lettres d’or : Paul, Apôtre du Christ. Ayant vu ce que personne d’autre ne put voir, elle se jeta avec crainte aux pieds de l’Apôtre, confessa le Christ comme seul vrai Dieu, et demanda le baptême. Elle le reçut donc, suivie de son mari Probus, de toute leur maison, du gouverneur de la ville, et de nombreuses autres personnes.


Après avoir visité ces pays occidentaux et les avoir éclairés de la lumière de la sainte Foi, Paul revint à Rome d’où il écrivit une lettre à son disciple Timothée en disant : « Je sers déjà de libation et le moment de mon départ approche. J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais m’est réservée la couronne de justice que le Seigneur me donnera ce jour-là ! ».


Le supplice du Saint Apôtre est décrit de manières différentes par les divers auteurs ecclésiastiques. Nicéphore Kalliste dans son livre d’histoire écclésiastique, ch.56, écrit que Saint Paul souffrit la même année et le même jour que le Saint Apôtre Pierre en aidant ce dernier à vaincre le mage Simon. Saint Siméon Métaphraste rapporte, quant à lui, que Saint Paul souffrit plusieurs années après la mort de Simon le mage, pour avoir converti deux concubines de Néron à une vie pure. D’autres auteurs disent bien que les deux Apôtres souffrirent le même jour, un 29 juin, mais à un an d’intervalle, Paul l’année qui suivit celle où Pierre fut crucifié. On raconte aussi que Paul fut mis à mort pour avoir exhorté les femmes et les vierges à mener une vie chaste et pure.


Quoi qu’il en soit, comme Saint Paul et Saint Pierre vécurent plusieurs années ensemble à Rome et en occident, il est tout à fait possible que Paul soit venu aider Pierre à Rome dans son combat contre le mage Simon au cours de son premier séjour à Rome, puis, au cours d’un second séjour, l’ait de nouveau aidé dans son oeuvre de salut en enseignant aux hommes ainsi qu’aux femmes à mener une vie chaste et pure. Ces exhortations rendirent furieux l’empereur Néron, homme impie et mauvais, si bien qu’il fit rechercher les deux Apôtres pour les mettre à mort. Pierre, en tant qu’étranger, fut crucifié, et Paul, en tant que citoyen romain, fut condamné à avoir la tête tranchée, car il ne convenait pas qu’il mourût de manière honteuse. On ne sait pas s’ils moururent la même année, mais en tout cas, leurs morts eurent lieu toutes les deux un vingt-neuf juin.


Quand la sainte tête de Paul fut tranchée, il en coula du sang et du lait. Les fidèles prirent son saint corps pour le déposer au même endroit que celui de Saint Pierre. C’est ainsi que mourut le vase élu du Christ, le maître des païens, le prédicateur universel, le visionnaire des hauteurs célestes et des biens du Paradis, offrant aux anges et aux hommes un spectacle étonnant. Grand ascète et grand-souffrant, Paul porta dans son corps les marques de son Seigneur, lui le prince des Apôtres, et fut de nouveau placé, cette fois-ci sans son corps, au troisième ciel, pour y être présenté à la Lumière Trinitaire avec son collaborateur et ami, cet autre prince des Apôtres, le Saint Apôtre Pierre. Ils quittèrent ainsi l’Eglise qui crie vers Dieu pour l’Eglise victorieuse, et fêtèrent dans les acclamations et la joie du témoignage et de la glorification, le Père, le Fils et le Saint Esprit, Dieu Un dans la Trinité, auquel il convient que nous pécheurs, nous offrions honneur, gloire, adoration et gratitude, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

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lundi 28 septembre 2009

LE CHEMIN


(Article extrait du Trésor spirituel de Saint Tikhon de Zadonsk)


Chrétiens ! Notre vie est comme un chemin, qui relie un village à un autre, une ville à une autre. Notre vie est un chemin que nous suivons en permanence. Que nous dormions ou que nous veillions, nous le suivons toujours. Nous l’empruntons à notre naissance et nous le quittons à notre mort. Pour certains, ce chemin est très long, pour d’autres il est très court, mais quoi qu’il en soit, sa fin n’est connue de personne. Nous ne savons pas quand nous atteindrons le terme de notre route. Ainsi en a décidé le Seigneur qui pourvoit à tout, afin que nous soyons toujours dans l’attente de la fin, et que nous nous y préparions.


Certains chemins sont larges et spacieux, d’autres étroits et resserrés. Il en va de même du chemin de notre vie. Mais examinons ce que sont ces chemins, spacieux ou étroit, et nous comprendrons vers quel terme l’un et l’autre conduit.


Sur le chemin spacieux se trouve l’incroyance, sur le chemin étroit se trouve la foi vivante. Sur le chemin spacieux l’absence de crainte, sur le chemin étroit la crainte de Dieu. Sur le chemin spacieux la volonté propre et la désobéissance, sur le chemin étroit la soumission et l’obéissance. Sur le chemin spacieux l’amour de soi sans limite, sur le chemin étroit l’amour de Dieu et du frère. Sur le chemin spacieux l’amour des vanités du monde, sur le chemin étroit la fuite de ces vanités. Sur le chemin spacieux la recherche des honneurs, de la gloire et des richesses, sur le chemin étroit le mépris de toutes ces choses. Sur le chemin spacieux le luxe et la concupiscence, sur le chemin étroit la tempérance, le jeûne, et l’abstinence. Sur le chemin spacieux l’orgueil et le faste, sur le chemin étroit l’humilité. Sur le chemin spacieux les péchés et les iniquités, sur le chemin étroit les vertus. Sur le chemin spacieux la dépravation, l’adultère et toutes les impuretés, sur le chemin étroit l’innocence et la pureté. Sur le chemin spacieux l’ivrognerie et l’indécence, sur le chemin étroit la sobriété et la décence. Sur le chemin spacieux le vol, le rapt, le pillage, la violence et toutes les injustices, sur le chemin étroit l’éloignement de tout cela et l’accomplissement de la justice. Sur le chemin spacieux la colère, la fureur, la rancune, la vengeance en actes et en paroles, sur le chemin étroit le mépris de la vengeance, la douceur et la patience. Sur le chemin spacieux la dureté, la férocité et la cruauté, sur le chemin étroit la miséricorde et la compassion. Sur le chemin spacieux la calomnie, le mépris, le jugement et les outrages infligés au prochain, sur le chemin étroit l’abstention de tout cela et un silence raisonnable. Sur le chemin spacieux le mensonge, la malignité, la ruse et l’hypocrisie, sur le chemin étroit la candeur et des paroles qui correspondent aux pensées. Sur le chemin spacieux les paroles, les actes et les pensées contraires à la volonté de Dieu, sur le chemin étroit le repentir sincère et ses fruits, les bonnes actions.


Tu vois donc, chrétien, comment sont les chemins de nos vies ! Le chemin spacieux, contraire à Dieu, Lui est désagréable. Le chemin étroit en revanche, Lui est agréable, car il s’accorde à Sa sainte volonté. Le chemin spacieux conduit l’homme à la perdition, tandis que le chemin étroit le conduit à la vie.


Satan attire et conduit chacun d’entre nous vers le chemin spacieux, mais le Christ Sauveur, qui a souffert et est mort pour chacun d’entre nous, nous rappelle sur le chemin étroit. Réfléchis ! Qui faut-il écouter, le Christ, ou Satan ? Quel chemin faut-il suivre ? le chemin spacieux qui mène à la perdition, ou le chemin étroit qui conduit à la vie ? Le Christ notre Seigneur veut te conduire à la vie éternelle, Lui qui t’aime et t’a libéré. Mais Satan, ton ennemi, veut te conduire avec lui à la perdition. Ecoute les paroles de ton Sauveur, qui méritent l’attention, retiens-les dans ton coeur, et instruis-toi auprès d’elles ! Sois attentif à toi-même, ainsi qu’à ce qu’elles disent : Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il y en est beaucoup qui s’y engagent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent. (Mt.7,13-14) Et le Saint Apôtre ajoute à cela : Il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume des Cieux. (Act.14,22) Conduis-moi, Seigneur, dans Ta voie, et je marcherai dans Ta vérité ; que mon coeur trouve sa joie à craindre Ton Nom. (Ps.85,11) Et qu’enseigne à son tour le Psaume 118 ? Il nous enseigne comment prier, afin que le Seigneur nous enseigne Lui-même Sa voie, nous y maintienne, et nous conduise toujours sur elle.

lundi 14 septembre 2009

L’ICÔNE DE LA MÈRE DE DIEU "DE JERUSALEM"






D’après une pieuse tradition, le prototype de l’icône de la Mère de Dieu de Jérusalem a été peint par le Saint Apôtre Luc à Gethsémani quinze ans après l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.

L’empereur Léon le Grand fit transporter l’icône à Constantinople, afin de l’installer dans l’église consacrée à la Mère de Dieu de la Source. Plus tard, au temps de l’empereur Héraclius, Constantinople fut attaquée par les Scythes, et le salut de la ville fut obtenu par les prières du peuple grec devant l’icône de la Mère de Dieu de Jérusalem. Après cette manifestation miraculeuse de la miséricorde de la Reine des Cieux, le pieux empereur ordonna que la sainte icône fût transportée dans l’église des Blachernes, où elle demeura près de trois cents ans.

Au début du Xème siècle, les russes firent campagne contre Constantinople et emportèrent l’icône de la Mère de Dieu de Jérusalem à Cherson. Par la suite, après son baptême dans cette même ville, le prince Vladimir emporta l’icône à Kiev. Plus tard, les habitants de Novgorod reçurent la foi chrétienne, et le grand prince leur envoya l’icône comme bénédiction. Elle résida plus de quatre cents ans dans la cathédrale Sainte-Sophie.

Au milieu du seizième siècle, Novgorod tomba entre les mains du tsar Ivan le Terrible qui fit transporter l’icône de Jérusalem à Moscou, où elle fut déposée dans la cathédrale de la Dormition de la Toute-Sainte Mère de Dieu.

Lors de l’invasion des français en 1812, l’icône fut volée et emportée à Paris. On suppose qu’elle se trouve aujourd’hui à la cathédrale Notre-Dame.

La copie de Moscou

On garde à Moscou, dans la cathédrale de la Dormition de la Toute-Sainte Mère de Dieu, une copie de l’icône de Jérusalem qui provient de l’église de la Nativité de la Mère de Dieu yf ctyzx. Sur les côtés de cette copie sont représentés les Saints Apôtres Pierre, Paul, Luc, Simon, Philippe, Mathieu, Marc, Jacques, Thomas et Barthélémy, ainsi que les saints martyrs Procope, Georges et Mercure.

La copie de Constantinople

Une autre copie de l’icône de Jérusalem fut transportée de Jérusalem à la cathédrale Sainte-Sophie de Constantinople, où elle demeura du XIIème au XVème siècle. Selon certaines sources, une église consacrée à cette icône existait dans la ville aux XIème et XIIème siècles.

La copie de Krivoezerskaïa Poustynia,

dans le gouvernement de Kostroma

Le monastère Krivoezersk fut fondé en 1644, au temps du patriarche Joseph. Il fit parler de lui en 1709 et dans les années qui suivirent, quand fut peinte l’icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Jérusalem. Cette icône resta dans le monastère par la suite.

En cette année 1709, plusieurs amateurs de solitude et d’exploits ascétiques vinrent s’établir au monastère, et parmi eux Cyrille Oulanov, iconographe du tsar, qui y fut tonsuré sous le nom de Corneille. Avant son arrivée, le père Corneille avait déjà le désir de faire une copie de l’icône miraculeuse de Jérusalem de la cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu à Moscou. Aussi se mit-il tout de suite au travail. Ecoutons le récit de l’higoumène Léonce :

« Comme je vivais à Pérerva, village situé dans un méandre de la Moscova, dans le monastère consacré à la Dormition de la Toute-Sainte Mère de Dieu et à Saint Nicolas, la pensée me vint de procurer une perle de grand prix, un riche trésor au monastère de Krivoezersky, situé près de Iourevets-Polosk : je désirais convaincre un bon iconographe de réaliser à Moscou une copie de la très glorieuse et miraculeuse icône de Jérusalem de notre Tout-Puissant Intercesseur, la Protectrice des chrétiens, la Toute-Pure Souveraine, la Mère de Dieu et Toujours-Vierge Marie. J’étais poursuivi par ce désir tenace qui malmenait mon âme, et je me rendais fréquemment à la cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu pour vénérer avec componction l’icône miraculeuse. J’élevais vers notre Toute-Pure et miséricordieuse Protectrice des prières ardentes afin qu’Elle eût pitié de nous et qu’Elle voulût bien donner à Son monastère de Krivoezersk la même image divine que celle de la cathédrale de Moscou, par le moyen qu’Elle et son Fils choisiraient.

Je ne sais comment cela se fit, mais un an plus tard, sans doute par la volonté de Dieu et de Sa Mère, j’avais totalement oublié ce désir, et sa pensée n’effleurait même plus mon esprit.

En 1709, je vivais toujours au monastère Saint-Nicolas de Pérerva. Un beau jour, j’entendis des habitants de Iourevets raconter qu’un certain Cyrille Oulanov, originaire de Moscou et pieux iconographe du tsar, venait d’être tonsuré au monastère Krivoezersky sous le nom de Corneille. On disait qu’il avait peint une icône de Jérusalem de notre Toute-Sainte Souveraine, la Mère de Dieu et Toujours-Vierge Marie pour la cathédrale du monastère, dédiée à la Sainte et Vivifiante Trinité. L’icône, de dimensions légèrement moindres que celle de Moscou, était, disait-on, très belle, et tout à fait étonnante. En entendant ce récit, je m’étonnai de la miséricorde de Dieu et de la bienveillance de la Reine des Cieux. Je me remémorai mon désir passé de voir peinte une copie de l’icône de Moscou pour le monastère Krivoezersky. Dans une joie ineffable, je me précipitai à Moscou pour vénérer l’icône de la cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu, et rendre grâce à la Protectrice des chrétiens et à son Fils notre Dieu. Dieu avait manifesté Sa bienveillance à l’égard du monastère de Krivoezersk ! Plus tard, j’entendis que le père Corneille avait quitté le monastère de Krivoezersk peu de temps après avoir peint l’icône ! Tout s’était donc passé comme s’il avait été envoyé dans ce monastère uniquement pour accomplir cette oeuvre ! Ce fut pour moi une nouvelle occasion de glorifier Dieu et notre Très Sainte Souveraine.

Il faut dire qu’à cette époque, je n’avais nullement l’intention de m’établir au Désert de Krivoezersk. Je ne caressais d’ailleurs pas plus l’espoir de voir la divine icône qui venait d’y être peinte. Je me disais seulement à moi-même : Gloire à Dieu et à Sa Mère ! Par la providence divine, un trésor a été offert à ce monastère !

En 1711, il advint que la volonté de Dieu et la demande des moines du monastère me placèrent au poste d’higoumène de Krivoezersk. A peine arrivé de Moscou, j’entrai dans l’église pour voir ce divin trésor que j’avais tant désiré, cette gloire et cette joie des chrétiens, l’icône de Jérusalem de notre Souveraine et Mère de Dieu. Comme mon âme se réjouit alors d’avoir été digne de la voir et de la vénérer !

L’icône fut solennellement bénie cette année-là, le 20 août, peu après la Dormition, et une fête spéciale fut instaurée en son honneur. L’higoumène et toute sa communauté promirent à Dieu de renouveler cette vénération solennelle chaque année, en souvenir du don de Dieu. On souhaitait ainsi rendre grâce à notre Dieu glorifié dans la Trinité et à Sa Mère miséricordieuse pour l’attribution au monastère de cette perle sans prix, et pour l’élan inconcevable de leur bienveillance.

Il n’est pas inutile de dire ici deux mots sur le moine Corneille. A peine tonsuré, il se mit très vite à peindre l’icône de notre Souveraine, la Mère de Dieu et Toujours-Vierge Marie, portant dans ses bras divins son Enfant, son Fils et son Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ. Comme il convient aux moines nouvellement tonsurés, il vivait dans la piété, la crainte, et la tempérance, respectant la tradition des Saints Pères qui commande de jeûner pendant quarante jours. Par l’intercession de la Toute-Pure Mère de Dieu, Dieu lui accorda une telle componction que ses larmes coulaient en permanence tandis qu’il peignait les traits doux et divins de la Reine des Cieux et de son Fils, le Très-Doux Jésus. Il s’abstenait de toute conversation pendant son travail, et priait constamment notre Protectrice d’avoir pitié de lui, afin que son oeuvre le conduisît avec tout le monastère à la joie et au salut. Cette componction animait toutes ses prières, de jour comme de nuit. Avec l’aide de Dieu et de Sa Mère Toute-Pure, il termina la divine icône. Le résultat fut si beau, si inattendu, qu’il en fut surpris et saisi de crainte. Il glorifia Dieu et Sa Mère Toute-Pure pour leur miséricorde. Avant même la fin de la période de quarante jours suivant la tonsure, les hiéromoines du monastère purent venir chercher l’icône achevée dans sa cellule, et la porter joyeusement à l’église. Aujourd’hui encore, lorsqu’il pense au temps où il peignit cette icône, son âme se remplit de mansuétude et de joie.

Il faut donc croire que cette icône miraculeuse de la Toute-Sainte Mère de Dieu de Jérusalem a été peinte par un effet tout particulier de la providence de Dieu et de Sa Mère Toute-Sainte ».

A partir de 1711, à la suite d’une demande des habitants de la région qui la vénéraient beaucoup, on prit l’habitude d’amener l’icône dans les églises paroissiales et chez les habitants pour des offices d’actions de grâce. Cette coutume fut confirmée en 1720 par Monseigneur Pitirim, archevêque de Nijni-Novgorod.

La première glorification attestée de la sainte icône eut lieu en 1781. Le 22 décembre de cette année-là, un grand incendie éclata au monastère. Il gagna rapidement tous les édifices, en particulier l’église en bois de Saint Nicolas et son clocher. Puis il atteignit l’église en pierre dédiée à la Sainte Trinité et son clocher, sous les yeux des frères impuissants à maîtriser les éléments déchaînés. C’était avec horreur qu’ils regardaient des morceaux de l’église s’embraser et partir en fumée. L’incendie gagnait tout l’édifice, exposant la sainte icône à une inévitable destruction. Pourtant, bien que le feu eût pénétré à l’intérieur, l’église resta entière. Les icônes furent endommagées et couvertes de suie, les peintures boursouflées, mais l’icône de Jérusalem fut épargnée, demeurant aussi lumineuse, claire et propre qu’auparavant. On put seulement observer sur le poignet de la main gauche de la Toute-Pure la cloque d’une brûlure, qui s’atténua avec le temps tout en restant visible, comme pour attester que la main avait souffert.

Le 4 juillet 1859, à onze heures, un incendie se déclara chez un habitant de Iourevets-Polosk, dénommé Alexandre Lougovsky, à cause de l’imprudence d’un ouvrier. Comme un vent fort soufflait à ce moment-là, le feu se propagea sur les demeures environnantes, et quatorze propriétaires perdirent leur maison et leurs biens. Il semblait inévitable que l’incendie gagnerait les autres maisons et les trois églises proches, car le vent attisait le feu et projetait des étincelles au loin. Les toits de certains bâtiments commençaient d’ailleurs à prendre feu.

Mais voici que le Seigneur Dieu voulut bien manifester Sa miséricorde aux pécheurs. Il se trouvait qu’en ce temps-là la cathédrale de la ville accueillait la précieuse icône de la Mère de Dieu de Jérusalem du monastère de Krivoezersk. Les habitants de Iourevets avaient en effet réclamé la sainte et très vénérable icône pour une procession autour de la ville. Tous les moyens déployés contre l’incendie s’avérant inefficaces, les habitants demandèrent au recteur de la cathédrale de bien vouloir conduire l’icône sur les lieux. Comme on l’apportait avec tous les honneurs qui lui sont dus, le vent tourna du nord-est au nord-ouest et les étincelles cessèrent de pleuvoir sur la ville. Le feu semblant s’apaiser, on rapporta l’icône à la cathédrale. Cependant, à la surprise générale, le vent se remit à souffler du nord-ouest, l’incendie reprit de plus belle, et les étincelles menacèrent de nouveau la ville. Les habitants, mesurant à ce miracle la protection et l’intercession de la Mère de Dieu, firent revenir la sainte icône. Le vent tourna de nouveau. Cette fois, on garda l’icône sur les lieux jusqu’à ce que le feu fût complètement éteint. Les habitants de la ville, tous témoins du miracle, insistèrent pour que celui-ci fût publié, comme témoignage pour les générations à venir.

L’intercession de la Mère de Dieu ne se limitait pas aux incendies. Elle s’imposa également au cours des épidémies de choléra qui tombèrent sur Krivoezersk et ses environs en 1848 et 1853. Partout où on portait la sainte icône, la contagion cessait, ou bien les effets mortels disparaissaient. Il en allait de même dans les cas d’épizootie, tant au monastère que dans les villages des environs. Il y eut aussi des cas de guérisons de malades, notamment de deux jeunes filles qui participaient à des processions avec l’icône miraculeuse.

La copie du monastère russe

Saint-Pantéléimon, au Mont Athos

Cette sainte icône repose dans un cadre recouvert de verre, situé au-dessus des portes royales de la cathédrale de l’Intercession de la Toute-Sainte Mère de Dieu. On a coutume de la faire descendre à certaines occasions avec le large ruban de velours brodé à son tropaire sur lequel elle est suspendue, pour l’offrir à la vénération. Elle fut peinte en 1825 au monastère Krivoezersky par le hiérodiacre Nikon (Nil dans le grand habit), qui l’envoya en cadeau au monastère Saint-Pantéléimon en 1850.

Sur cette icône, la Toute-Sainte Vierge tient l’Enfant-Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ, sur Son bras droit, contemplant Celui qui repose sur elle comme sur un trône de gloire. Le Seigneur bénit de Sa main droite, les doigts repliés formant les lettres IC. Sa main gauche tient un rouleau. Sur les bords de l’icône sont représentés Saint Joachim et Sainte Anne, les parents de la Sainte Vierge Marie. Au verso, on peut trouver une inscription disant que l’icône a été peinte par le hiéromoine Nikon du monastère Saint-Nil-de-la-Sora, qui a voulu, à la suite d’une incitation particulière de la providence, témoigner de son zèle pour le monastère russe du grand martyr et anargyre Pantéléimon, et pour la bienveillance de Dieu et de la Toute-Sainte Mère de Dieu.

Dès que l’icône parvint au monastère, on envoya une lettre au hiéromoine Nikon pour lui demander d’expliquer, si possible, quelle avait été cette incitation particulière. Par la lettre du 12 décembre 1852, Père Nikon raconte que trente ans auparavant, alors qu’il était encore hiérodiacre et vivait dans le désert de Krivoezersk, il avait été impressionné par les miracles de l’icône du monastère. Il décida d’en peindre une copie conforme, excepté en ce qui concerne les dimensions. Lors de la bénédiction de l’icône, il y eut un signe, une prophétie qui s’accomplit clairement, et par la suite, d’autres manifestations de la grâce. Plus tard, il partit, selon la volonté de Dieu, s’installer au monastère Saint-Nil, alors presque déserté. L’icône ne le quittait jamais. Elle lui servait de baume pour l’âme et pour le coeur dans les tribulations. La grâce de l’icône guérissait les maladies, protégeait du feu... Il n’avait jamais eu l’intention de s’en séparer, mais la providence de Dieu et de Sa Mère Toute-Sainte en avait décidé autrement. Il priait les pères du monastère Saint-Pantéléimon de le croire, et de ne pas douter que l’icône leur avait bien été envoyée par Dieu et par la bienveillance de la Reine des Cieux. Il demandait aussi qu’on n’exigeât pas de lui plus de détails. Toutefois, afin qu’ils ne se sentent pas offensés, il ajoutait à la fin de sa lettre le récit d’un songe qu’il avait eu deux mois avant l’envoi de l’icône : « Il me semblait voir la Sainte Montagne de l’Athos. Je commençais à en gravir les pentes, accompagné d’une personne qui me servait de guide et prétendait s’être déjà rendue au Mont Athos. Nous nous approchâmes d’un escarpement rocheux ; il n’est pas de mot pour dire combien il était difficile d’en faire l’ascension. Mon compagnon grimpait avec facilité, et moi, avec crainte et force peine. Nous parvînmes toutefois jusqu’en un certain lieu où mon guide devint invisible. J’ai dans l’idée que ce guide n’était autre que mon ancien, Saint Nil de la Sora. Il me paraissait tout à fait impossible de continuer à grimper sur ces rochers. La crainte me gagna. Je poursuivis quand même et parvins sur un promontoire où se tenait une église. Mon âme et mon coeur s’emplirent de joie, de révérence et de crainte : j’aperçus près de l’entrée de l’église une Femme extraordinairement belle, vêtue d’habits blancs comme la neige. Son regard était amical et tendre. Elle dit, en me voyant : ‘Heureusement, tu es venu vite !’ Puis Elle me donna sur une cuillère un liquide blanc comme le lait, au goût ineffablement doux. « Prends, tu en as besoin, tu es fatigué » Cette Femme divine prononça ensuite des paroles indicibles et m’ordonna d’envoyer ma sainte icône au monastère russe du Mont Athos. Après l’envoi de l’icône, tout ce que la Souveraine m’avait promis s’accomplit : le skite du monastère Saint-Nil-de-la-Sora fut déclaré indépendant, l’église dédiée à Saint Jean le Précurseur sur le lieu où avait vécu Saint Nil fut enfin consacrée après dix ans d’attente, mon désir de recevoir le grand habit et de demeurer près de la dite église dans la cellule de Saint Nil fut comblé, et bien d’autres choses encore ». La lettre se termine par ces mots : « Gloire, grandeur et honneur à la Toujours-Vierge Marie, Mère de Dieu ! »

Lors des vigiles des fêtes de la Mère de Dieu, on descend la très sainte icône avec honneur et on célèbre un acathiste devant elle, à la fin duquel l’higoumène et tous les frères la vénèrent, s’inclinent jusqu’à terre et demandent à la Mère de Dieu son aide et son intercession devant son Fils et notre Dieu.

On fête la sainte icône le 12 octobre.

vendredi 4 septembre 2009

L'ENTREE DU CHRIST AU TEMPLE




HOMÉLIE SUR LA SAINTE RENCONTE DU SEIGNEUR ET SUR LA PURIFICATION DE LA TOUTE-PURE VIERGE ET MÈRE DE DIEU

(Saint Dimitri de Rostov)

Quarante jours s’étant écoulés après la Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ, le temps de la purification imposé par la Loi fut révolu, et la Vierge-Mère, toute-pure et toute-bénie, quitta Bethléem avec Saint Joseph son fiancé, portant dans ses bras le Christ. Elle fit route pour Jérusalem, afin d’accomplir deux ordonnances du Seigneur : obtenir, par les prières du prêtre et l’offrande d’un sacrifice à Dieu, la purification consécutive à l’enfantement, et consacrer son petit Enfant premier-né au Seigneur en versant la somme dictée par Dieu à Moïse.

En effet, comme le prescrit la Loi pour la purification de la mère, lorsqu’une femme sera enceinte et enfantera un mâle, elle sera impure pendant sept jours. Le huitième jour, l’enfant sera circoncis. Elle restera encore trente trois jours à se purifier de son sang. Pendant ce temps, elle ne touchera aucune chose sainte et n’entrera pas dans le sanctuaire, jusqu’à ce que les jours de sa purification soient accomplis. Lorsque les jours de sa purification seront accomplis, elle offrira un agneau en holocauste, et un jeune pigeon ou une tourterelle pour le sacrifice d’expiation. Si elle n’a pas de quoi se procurer un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, un pour l’holocauste, l’autre pour le sacrifice d’expiation. Le prêtre priera pour elle et elle sera pure.

Sur la présentation de l’enfant premier-né au Seigneur, il est dit : Consacre-Moi tout mâle premier-né (...) Tu Me donneras le premier de tes fils. Ce don fut prescrit aux Israélites en remerciement d’un grand bienfait reçu en Egypte, où Dieu fit périr les premiers-nés des égyptiens, mais fit grâce aux premiers-nés d’Israël. Depuis cette époque, les Israélites conduisaient leur fils premier-né au temple pour le consacrer à Dieu comme tribut légal, et le Lui rachetaient contre un montant fixé, appelé argent du rachat. Cet argent revenait aux lévites qui officiaient au temple du Seigneur. Selon une coutume instaurée dans le quatrième livre de Moïse, l’argent du rachat se montait à cinq sicles du sanctuaire, à vingt guéras le sicle (Nb.3,47).

Ainsi, la Mère de Dieu se rendit au temple pour se soumettre à la Loi du Seigneur, portant dans ses bras le Législateur Lui-même. Immaculée, sans souillure, incorruptible, et toute-pure, elle venait demander la purification, bien qu’elle n’en eût aucunement besoin. Comment celle qui avait conçu sans volupté et sans le concours d’un époux, qui avait enfanté sans souffrance, qui avait conservé intacte la pureté virginale sans subir la souillure des femmes en couches, qui avait donné naissance à la Source de toute pureté, aurait-elle pu être impure ? D’elle naquit le Christ ! Le fruit n’est pas gâté par l’arbre, l’arbre n’est pas souillé par le fruit : la Vierge sainte resta pure et immaculée après la naissance du Christ, son Fruit béni. Il la traversa comme le rayon de soleil pénètre le cristal, sans la briser ni la ternir. Bien plus, Il rehaussa sa pureté. Le Soleil de justice ne porta pas atteinte à la virginité de Sa Mère toute-pure. L’habituel épanchement de sang ne souilla pas la Porte scellée, marquée du sceau de la pureté. Dépassant la loi naturelle, le Seigneur franchit cette Porte, que gardait la virginité, et en accrut la pureté en la sanctifiant par Son passage, en l’inondant de la lumière divine de la grâce.

Le Dieu-Verbe ayant été enfanté sans corruption, aucune purification n’était nécessaire. Toutefois, celle qui est éternellement pure et sans tache vint la demander, afin de se montrer en toute chose obéissante à la Loi. L’humilité ne souffre pas de s’enorgueillir de sa pureté incorruptible. C’est donc comme une impure que la Toute-Sainte voulut se tenir à l’endroit réservé aux nouvelles mères, devant les portes du temple du Seigneur. Elle attendit là, sans montrer le moindre dédain à l’égard des impures, ou des pécheresses.

Elle offrit le sacrifice, non pas comme les riches, avec un agneau d’un an, mais comme les pauvres, avec une tourterelle ou deux jeunes pigeons, montrant là aussi, comme partout ailleurs, humilité et amour de la pauvreté. Elle repoussa l’orgueil de la richesse, gratifiant les pauvres et les malheureux de l’or des rois mages, n’en gardant que la moindre part pour son voyage en Egypte.

Ayant offert le couple d’oiseaux, elle présenta son Fils premier-né au Seigneur, remettant à Dieu ce qui est à Dieu, selon la Loi. S’agenouillant devant le Créateur, elle Lui tendit l’Enfant avec grand respect : « Voici Ton Fils, ô Père Eternel, voici Celui que Tu as dépêché ici-bas afin qu’Il s’incarne de moi pour le salut des hommes ! Voici Celui que Tu as engendré sans mère avant les siècles, Celui que par Ta bienveillance, j’ai enfanté sans père à la fin des temps ! Voici le Premier-Né de mes entrailles, le Fils conçu en moi par Ton Esprit Saint, et sorti de moi ineffablement, comme Toi seul le sais ! Voici mon Premier-Né, voici Celui qui T’est consubstantiel, et qui, sans commencement, ne revient qu’à Toi seul, puisqu’Il est venu de Toi sans quitter Sa divinité ! Reçois ce Premier-né avec qui Tu créas les siècles et fis la lumière ! Reçois Ton Verbe, incarné de moi, avec qui Tu affermis les cieux, fondas la terre, et rassemblas les eaux ! Reçois de moi Ton Fils en vue du dessein essentiel que Tu as organisé pour Lui et pour moi comme Tu le sais, pour racheter par Sa chair et Son sang le genre humain! ».

Ayant prononcé ces paroles, la Vierge-Mère déposa son Enfant bien aimé dans les bras du grand prêtre, le représentant de Dieu, comme entre les mains de Dieu Lui-même. Puis elle Le racheta pour le prix mentionné plus haut ; cinq sicles préfigurant les cinq plaies que le Christ subit sur la Croix pour racheter le monde entier de la malédiction de la Loi et de l’oeuvre de l’ennemi.

Selon Saint Grégoire de Nysse, Saint Cyrille d’Alexandrie et Saint André de Crète, le Saint Prophète Zacharie, père du Précurseur, voyant la Vierge toute-pure s’avancer avec l’Enfant du côté des femmes impures pour la purification, la plaça parmi les vierges, là où nulle épouse ne doit se tenir. Les scribes et les pharisiens s’indignèrent aussitôt, mais Zacharie résista, faisant savoir que cette Mère, en dépit de l’enfantement, était toujours vierge et pure. Devant leur scepticisme, il rappela que si toute créature est soumise à la loi de la nature, elle l’est davantage encore au Créateur de cette loi, à qui il revient d’organiser Sa création par Ses mains puissantes, et de faire en sorte, si bon Lui semble, qu’une vierge enfante et demeure vierge après l’enfantement. C’est pourquoi, conclut-il, il n’avait pas exclu la Mère toute-sainte du rang des vierges, elle, la Vierge par excellence.

Sur les entrefaites, voici qu’entra dans le temple, poussé par l’Esprit Saint, Saint Syméon, vieillard juste et pieux, qui attendait la consolation d’Israël en la personne du Messie. Connaissant la prophétie du patriarche Jacob, il savait que le Christ s’approchait, puisque le sceptre de Juda était passé entre les mains d’Hérode. En effet Jacob avait prophétisé que le sceptre ne s’éloignerait pas de Juda que ne vienne la consolation d’Israël, le Christ Seigneur. De surcroît, voici qu’avaient pris fin les soixante-dix semaines de Daniel, annonçant la venue du Messie. L’Esprit Saint avait promis à Syméon qu’il ne goûterait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Et, de fait, quand le vieillard remarqua la Vierge toute-pure, et l’Enfant dans ses bras, quand il perçut la grâce de Dieu qui les entourait tous deux, l’Esprit Saint lui révéla qu’il avait devant lui le Messie attendu. Aussi s’approcha-t-il avec empressement pour Le prendre dans ses bras. C’est avec une joie ineffable, avec crainte et révérence, qu’il rendit grâce à Dieu. Puis il chanta, comme le cygne avant la mort, couronné de ses cheveux depuis longtemps blanchis : « Maintenant, Maître, Tu peux laisser Ton serviteur s’en aller en paix selon Ta parole ! Nulle paix n’habitait mes pensées. Chaque jour j’attendais en priant Ta venue. A présent je T’ai vu, et j’ai trouvé la paix. C’est libéré de toute tristesse que je m’en vais porter la joyeuse nouvelle à mes pères. Je m’en vais annoncer Ta venue dans le monde à Adam notre ancêtre, à Abraham, à Moïse, à David, à Isaïe, et aux autres pères, les saints prophètes. Je vais déverser une joie indicible sur ceux qui, jusqu’à aujourd’hui, n’avaient connu que tristesse ! Laisse-moi partir sans tarder, afin qu’ils se réjouissent en Toi, leur Libérateur ! Laisse partir Ton serviteur, qui se languit du repos dans le sein d’Abraham, après ses longues années de labeur ! J’ai vu Ton salut, préparé pour tous les hommes ! Mes yeux ont vu la Lumière destinée à chasser les ténèbres, à éclairer les nations par la révélation de mystères divins encore inconnus. Mes yeux ont vu la Lumière qui a jailli pour la gloire de Ton peuple Israël ! Comme l’a promis en Ton Nom le prophète Isaïe : Je mettrai Mon salut en Sion et Ma gloire sur Israël ! »

En entendant les paroles que le saint et juste vieillard prononçait sur l’Enfant, Joseph le Fiancé et la Vierge Toute-Pure s’émerveillaient. Syméon parlait à l’Enfant comme à un vieillard, il Le priait comme on prie Dieu, qui règne sur la vie et sur la mort, qui peut sans délai laisser partir un vieillard vers l’autre vie, ou bien le retenir encore dans celle-là.

Après son discours, Syméon bénit l’Enfant, puis il glorifia et loua cette Mère tout-immaculée, à qui il avait été donné d’enfanter le Dieu-Homme. Il magnifia aussi Joseph, père adoptif, et digne serviteur d’un tel mystère. Contemplant de ses yeux clairvoyants la Mère Inépousée, c’est à elle, et non à Joseph, qu’il dit encore : « Voici Celui qui est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël. La chute de ceux qui ne voudront pas croire Ses paroles, et le relèvement de ceux qui recevront avec amour Sa sainte prédication. La chute des scribes et des pharisiens aveugles de méchanceté, et le relèvement des pécheurs simples et ignorants. Voici Celui qui choisira les insensés pour confondre les sages de ce monde, qui provoquera la chute de la synagogue des juifs de l’Ancienne Alliance, et instituera l’Eglise de la grâce. Voici Celui qui sera un signe de contradiction. On prononcera sur Lui beaucoup de jugements. Les uns Le diront bon, les autres L’accuseront de tromper le peuple. Il sera, comme dit le prophète Jérémie, une cible pour les flèches. On Le suspendra à la Croix, les clous et la lance Le blesseront. Et toi-même, Ô Mère Inépousée, le glaive de la tristesse transpercera ton âme et ton coeur, lorsque tu verras Ton Fils cloué sur la Croix. C’est avec grande douleur du coeur et force sanglots que tu accompagneras à la porte de ce monde Celui que tu enfantas sans souffrance pour le bien de l’humanité ».

Mais voici qu’à ce moment-là se trouvait dans le temple la prophétesse Anne, fille de Phanuel de la tribu d’Aser, veuve avancée en âge. Elle avait vécu seulement sept ans avec son mari depuis sa virginité, et, après son veuvage, elle avait passé tous les jours de sa vie dans le temple à plaire à Dieu, Le servant jour et nuit dans le jeûne et la prière, jusqu'à ses quatre-vingt-quatre ans. Venue elle aussi assister à cette Sainte Rencontre, elle prophétisa sur ce petit Enfant qu’on venait de conduire au temple du Seigneur, s’adressant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Témoins de toutes ces merveilles, les scribes et les pharisiens étaient courroucés. Ils reprochaient à Zacharie d’avoir enfreint la Loi en plaçant une Mère qui venait demander la purification à l’endroit réservé aux vierges. Ils nourrissaient aussi du ressentiment à l’égard de Syméon et Anne pour leur témoignage concernant l’Enfant, si bien qu’ils ne surent pas garder le silence, et allèrent annoncer à Hérode tout ce qui s’était passé au temple. Celui-ci fit aussitôt rechercher ce Christ, cet Enfant divin, pour Le tuer. Mais il lui fut impossible de Le trouver car, sur un ordre d’en haut, un ange apparut en songe à Joseph, qui prit avec lui l’Enfant et la Mère de Dieu, et les conduisit en Egypte, après un détour par leur ville de Nazareth en Galilée. L’Enfant, quant à Lui, croissait et se fortifiait en Esprit et en sagesse, et la grâce de Dieu était sur Lui.

La fête de la Rencontre du Seigneur fut instaurée sous le règne de l’Empereur Justinien. L’événement était célébré auparavant par l’Eglise, mais d’une façon moins solennelle. C’est ce pieux empereur qui ordonna de l’inscrire au rang des grandes fêtes du Seigneur et de la Mère de Dieu. Voici comment ceci advint...

Sous le règne de Justinien, Constantinople et les régions environnantes connurent une épidémie de peste qui dura plusieurs mois. La maladie apparut dans les premiers jours d’octobre. Au début, on recensait quotidiennement entre cinq et dix mille morts. Il était impossible d’ensevelir tous les cadavres, même ceux des gens riches et honorables, puisque les serviteurs aussi mourraient. A Antioche, le châtiment de Dieu fut plus terrible encore. A la peste s’ajouta, pour les péchés des hommes, un terrible tremblement de terre qui abattit les grandes demeures, les hauts édifices, et les nombreuses églises. Une multitude de gens périt sous les décombres. L’évêque de la ville mourut sous les ruines de sa cathédrale. Pompéopolis en Mysie fut également détruite, et tous ses habitants engloutis par la terre. En ces temps terribles de mort et de perdition, un homme agréable à Dieu eut la révélation qu’il convenait de célébrer l’Hypapante, c’est-à-dire la Sainte Rencontre du Seigneur, au rang des autres grandes fêtes du Seigneur et de la Mère de Dieu.

Quand vint le 2 février, jour de la Sainte Rencontre, on célébra des vigiles. Comme on sortait les croix en procession, l’épidémie de peste cessa, et avec elle le tremblement de terre. On loua fort la miséricorde de Dieu et les prières de Sa Mère toute-pure.

Qu’au Christ notre Dieu soient rendues louange et adoration et à Sa Mère, honneur et gratitude, dans les siècles des siècles, amen !

samedi 29 août 2009

VIE DU STARETZ JEAN JOURAVSKY



« Mémoire éternelle au juste » (Ps.111, 6-7)

Ivan (Jean en français) Pétrovitch Jouravsky naquit le 12/25 septembre 1867, dans le district rural de Laudon près de Madonsk. Son père et son grand-père étaient prêtres, et officiaient tous deux dans l'éparchie orthodoxe russe de Polotsk. Jean mis à part, la famille du père Pierre (1826-1892) et de son épouse, Matouchka Mélanie, comptait quatre enfants: Siméon, qui devint prêtre, et trois filles.

Le grand-père, un esprit brillant, périt encore jeune, lors d'un service religieux (probablement un baptême) chez des particuliers, tué par des schismatiques.

Pierre fut envoyé par sa mère à l'école ecclésiastique de Polotsk, puis il entra au Séminaire de Saint-Pétersbourg, dont il termina le cursus en 1847. L'année suivante, le 7 mars 1848, il fut ordonné prêtre de l'église de Balov dans l'éparchie de Polotsk (actuellement Balvi, en Lettonie). De 1853 à 1856, il officia à l'église de Skrudalin dans l'éparchie de Riga. A partir de 1841, un mouvement du luthérianisme vers l'orthodoxie s'amorçait chez les Lettons et les Estoniens de l'éparchie de Riga. Dès lors, on commença à construire des églises orthodoxes dans les régions baltes et à faire venir des prêtres.

Le père Pierre Jouravsky, voulant être utile à l'orthodoxie au sein du peuple letton, demanda à être assigné à une paroisse dont la majeure partie des fidèles était lettone et où le service religieux se faisait en letton. Par décret de l'archevêque Platon de Gorodetsk et de Mitavsk, il fut nommé prêtre à l'église de Kaltsenav de la surintendance de Kerstenbem.

C'est alors que débuta son sacerdoce parmi les Lettons, qui se poursuivit jusqu'à sa mort dans la même surintendance. Il fut trois ans prêtre à Kaltsenav, officia environ huit ans à Martsien, fut neuf ans prêtre de Golgotha, administra les paroisses de Stomerz et Boutskovsk, et fut les dix dernières années prêtre auprès de l'église de Lidern à Vidzem. Il officia 44 ans avec comme prêtre.

Le père Pierre était un homme simple et sociable, dévoué au service de Dieu. Où qu'il officiât, il faisait toujours bonne impression. A la fin de sa vie, il reçut de Dieu le don de la prière pure. Les paysans venaient de loin prier auprès de lui, qu'ils fussent orthodoxes ou luthériens. Quel que soit son état de santé, et même s'il était malade, il se rendait au premier appel chez ses paroissiens pour des offices et des prières, à n’importe quel moment, et par tous les temps.

Il connut beaucoup d'afflictions durant sa vie, dans cette région où l'on ne partageait pas sa foi. Le père Pierre Jouravsky mourut le 10 juin 1892. L'office des défunts fut célébré par huit clercs, dont deux de ses fils, le prêtre Siméon et le diacre Jean Jouravsky, à la tête desquels il y avait le surintendant de Kerstenbem, père Basile Pokrovsky. La liturgie se fit en letton, et l'office des morts en slavon.

Environ 2000 personnes assistèrent à l'enterrement. La journée était claire et tranquille, les chants magnifiques. On ressentait dans l'atmosphère de recueillement l'importance exceptionnelle de l'événement.

Le père Jean Jouravsky s'adressa plus d'une fois à son père pour lui demander de l'aide, et la reçut (cf « Journal d'un vieux prêtre »).

Dans son enfance, le petit Jean Jouravsky vit des anges, et cette vision mystérieuse marqua son âme de l’empreinte divine. Il est probable que dans son enfance, avec son frère Siméon et ses soeurs, il se rendait régulièrement aux services à l'église où officiait son père, aidant à chanter dans le choeur. Le petit Jean aima très tôt le chant d'église et la prière.

Ayant quitté l'école en 1884, Jean Jouravsky entra au Séminaire de Riga qui se trouvait, comme l'église de la Protection attachée au Séminaire, au 9 du boulevard Kronwald (actuellement la faculté de l'institut de médecine de Riga). Quand les études lui laissaient du temps, il chantait dans le choeur archiépiscopal de Riga, dans la Cathédrale de la Nativité, sous la direction du maître de chapelle Kislov, un ancien élève du directeur de la maîtrise de Saint-Pétersbourg, le compositeur Alexandre Lvov. Il acquit de profondes connaissances dans le domaine du chant d'église, ce qui lui permit, en 1900, de faire paraître un recueil liturgique pour le chant d'église en letton, avec des partitions (éd.Riga 1900), dont les fidèles se servirent largement dans les paroisses lettones. Le père Jean disait à ses paroissiens que la prière est le chant de l'âme à Dieu. « Il faut prier comme on chante, les chantres sont les lumières de la maison de Dieu ». Il aimait particulièrement l'Hymne des Chérubins (no 69), Milost Mira (nos 11, 12, 13 dans le Livre de chant).

Préoccupé par le chant d’église et la prière commune, par une prière du prêtre qui soit « avec le peuple, et pas à la place du peuple », il présenta à la publication à la fin des années 30 un recueil de poche au format pratique à l'intention des paroissiens, le livre d'heures /Pesnoslov/ (Vigile, Liturgie, Vigile de jeûne), afin d’uniformiser le chant dans les églises orthodoxes, les écoles et les familles. Malheureusement le recueil a été perdu pendant la deuxième guerre mondiale. Il serait bon qu’un tel recueil puisse être édité par les héritiers spirituels du Père Jean. Peut-être ce recueil a-t-il été conservé par l'un des lecteurs de ces lignes?

En 1890, à la fin du séminaire, Jean fut sacristain à Vindava (Ventspils), à l'église de Tous-les-Saints de Zamkov dont le supérieur était le célèbre père Basile Aliakritsky. En 1891, Jean fut sacristain à la paroisse lettone de l'Ascension à Riga (rue Menes). Le 19 février 1892, l'Archevêque Arsène (Briantsev) l'ordonna diacre auprès de l'église du Saint-Esprit de Jakobstadt, et, le 12 février 1895, prêtre auprès de l'église de Martsien à Vizdem (où son père avait officié). Ici, à Martsien, le père Jean Jouravsky continua l'oeuvre sainte de son père: il restaura l'iconostase de l'église Saint-Alexis (1898), et fit construire une chapelle en l'honneur de Saint Alexandre Nevsky dans le cimetière orthodoxe (1897), ainsi que l'école ecclésiastique de paroisse de Martsien (1899). Son activité fut plusieurs fois remarquée avec reconnaissance par l'archevêque de Riga Agathange (Preobrajensky).

On sait des années de service du père Jean à Martsien qu'il était un enseignant accompli, bon, doux, et affable. Sa bonne âme portait la Parole de Dieu à ses élèves sous une forme non altérée, dans la lumière de l'amour et de la prière.

En 1900, le saint et juste père Jean (Serguiev) de Cronstadt[1] se rendit à Riga et Vindava (Ventspils). A Riga il célébra la Divine Liturgie (ou un moleben) dans l'église de la Consolation-de-tous-les-affligés, et le 12 mai, à Vindava, un moleben pour la consécration d'un sanatorium d'enfants, ainsi qu'une Liturgie à l'église. A Vindava toujours, le père Jean de Cronstadt concélébra avec des prêtres de l'éparchie de Riga, le père Basile Aliakritsky, le père Vladimir Pliss, le sacristain de la Cathédrale, père Winter, le père Jankovitch, le père Tserin. Il est possible que le père Jean Jouravsky ait rencontré le père Jean de Cronstadt à ce moment dans l'église de la Consolation-de-tous-les-affligés, comme il est également possible qu'il l'ait rencontré quand il était encore séminariste lors d'une visite à Cronstadt. Il est uniquement attesté que ce saint prêtre de l'Eglise offrit à Jean un manteau ecclésiastique, et lui confia des enseignements spirituels. Le peuple put dire par la suite: « C'est un don qui a été transmis de Jean à Jean ».

Jusqu'aux dernières années de sa vie, le père Jean Jouravsky conserva le manteau du père Jean de Cronstadt. Une photographie du saint père se trouvait toujours dans l'abside de l'autel. Il s'efforçait de mettre en pratique ses enseignements. Mais quels étaient-ils?

Le père Jean n'accumulait rien, il était l’antithèse du grippe-sou, il distribuait son salaire aux pauvres, il refusa un poste avantageux à la Cathédrale, et prit sur lui la croix de servir dans l'église de la prison de Riga, et dans l'asile de vieillards Sadovnikov. Il enseigna toujours la catéchèse dans les écoles (sauf à l'époque soviétique), ne refusait jamais de donner la communion aux malades, et apportait les Saints Dons à ceux qui désiraient ardemment la visite de Dieu. Il supportait avec douceur de nombreuses afflictions de la part de ses proches, surtout de son épouse, avec laquelle il vivait comme frère et soeur. Il était le meilleur instructeur et confesseur des jeunes prêtres de Riga. Mais, comme il apparaît aujourd'hui pleinement, il fut avant tout un grand homme de prière, priant continuellement, surtout la nuit. On rapporte des cas où il apparaissait aux jeunes prêtres dans leurs rêves en les sermonnant.

Le père Jean Jouravsky célébrait la Divine Liturgie remarquablement. Ses enfants spirituels considèrent que ce don lui venait du père Jean de Cronstadt. Il officiait avec ferveur et dans une stricte observance du rite. Le chant était harmonieux et empreint de l’esprit de la prière. Le père était souvent à genoux dans l'Autel.

Durant le service, le père Jean put parfois voir le monde invisible, et notamment les âmes des défunts. Ses célébrations pouvaient remplir de crainte. Avec l'audace du père Jean de Cronstadt, le père faisait lire les prières secrètes à haute voix, et ouvrait les Portes Royales pendant le canon eucharistique. La commémoration des vivants et des défunts était lue deux fois à haute voix, pendant la prothèse et la Liturgie.

L'église de la Consolation-de-tous-les-affligés où il officiait était toujours comble, alors que celles qui se trouvaient à côté étaient vides. Les fidèles racontent que le service dans l'église de la Consolation commençait à 8h du matin et se terminait à 3h de l'après-midi. Puis tous allaient à lui pour lui demander conseil, comme à un starets, et pour recevoir sa bénédiction. On quittait l'église pour rentrer chez soi avec des ailes, si puissante était la grâce s'épanchant sur les gens.

Le père Jean Jouravsky reçut de Dieu d'autres dons : le don de guérison - il arrivait qu'il guérisse par onction d'huile sainte - le don de clairvoyance, qui se manifestait dans la précision de ses conseils, dans la vision de ce qui avait été, ou qui allait arriver. Il prévenait ses ouailles des dangers, voyait spirituellement, « saisissait » l'homme en son entier. La prière du starets apportait protection et secours.

A partir de 1902 et jusqu'à l'exode de 1915 (quand l'Allemagne occupa la Lettonie) le père Jean Jouravsky officia à l'église Saint-Nicolas de Vindava. Où était le père pendant les années de l'exode (1915 à 1918), on l'ignore. Mais il y a des témoignages qui attestent qu’il se serait rendu à Kiev où il aurait eu des entretiens spirituels. Nous devons à sa plume un poème inspiré, « Sur le christianisme intérieur », qui est une synthèse de l'enseignement orthodoxe des Saints Pères sur le « travail de l'intelligence »et la prière intérieure. Ce poème devint le livre de chevet de beaucoup, laïcs ou prêtres. Il fit comprendre la prière, l'humilité et, avant tout, la recherche assidue du Royaume de Dieu, à de nombreuses personnes. Ce livre appartient au « premier » Jouravsky (il l'écrivit à l'âge de 40/50 ans), son style est élevé, inspiré. (L'auteur dit dans l'introduction qu’il est le « fruit de quarante ans passés à écouter attentivement la Symphonie Divine des Saints Pères de l'Eglise Orthodoxe ». En 1918 le Père avait 51 ans). Le père Jean a laissé quelques dizaines de milliers de réponses aux lettres de ses enfants spirituels. Mais, malheureusement, les archives du starets ont été perdues après sa mort, les lettres ayant été portées hors des frontières de la Lettonie sans que nous ayons pu les découvrir. La collection de ces lettres et leur publication est peut-être l'étape suivante dans l'étude de la vie du père Jean.

De 1920 à 1940, le père Jean fut prêtre attaché auprès des prisons de Riga. Il officia dans la Prison centrale de Riga, rue Matis, où se trouvait depuis l'époque du Tsar l'église Saint-Nicolas, et dans la prison de transfert à Riga, où se trouvait l'église Saint-Serge. Il se rendait également à l'asile de vieillards. Le père Jean rappelle à ce moment-là Saint Nicolas le bon pasteur. Les nombreuses poches de son manteau étaient toujours pleines de cadeaux pour les détenus. Pour les Grandes Fêtes, il faisait le tour des cellules avec des sacs pleins de cadeaux.

Dans la prison, il fonda quatre choeurs et deux bibliothèques de littérature spirituelle: par le chant et la prière, les âmes perdues revenaient à Dieu. Les détenus préparaient pour l'église différents articles, par exemple des châssis ciselés pour l'Evangile (presque comme dans les maisons du Labeur du père Jean de Cronstadt). On raconte que beaucoup de détenus revinrent à l'Eglise, et que le père Jean en aida beaucoup à sauver leur âme.

A l'époque soviétique l'église de la prison ferma, les livres furent ôtés à la bibliothèque, l'église de l'asile fut détruite et pillée. Il est étonnant et miraculeux que le père ait été épargné par Dieu lors de ces désastres. Les allemands arrivèrent en 1941. La Gestapo et les SS firent fusiller en masse les juifs de Riga. Le père baptisa de nombreux juifs et les sauva ainsi de la mort spirituelle et physique. Il pouvait lui en coûter d'être fusillé. Mais Dieu le protégea.

1944. Les troupes soviétiques étaient de nouveau à Riga. Fallait-il se sauver? Un groupe de 25 personnes, constitués de prêtres avec à leur tête l'évêque de Riga Jean (Garklavs), partit pour toujours. Le père demanda à son icône bien aimée de la Mère de Dieu de Kazan, avec laquelle il parlait toujours, s'il devait partir ou non. La Mère de Dieu hocha la tête avec désapprobation: « Ne pars pas ! »

Depuis 1940 et jusqu'en 1962 le père Jean Jouravsky fut le doyen de l'église de la Consolation-de-tous-les-affligés où le père Jean de Cronstadt officia un jour. C'est le dernier lieu où il officia. En 1940, il avait déjà 73 ans. Il se consacrait là entièrement à son activité de pasteur, et à la prière. Il avait derrière lui une grande expérience du service. Mais il faut « souffrir jusqu'au bout ». Il est dangereux de s'assimiler au riche de l'Evangile qui, ayant amassé des biens, se tranquillise. Le père officia sans défaillir. Il aimait surtout prier la Mère de Dieu, lui consacrer des acathistes. Il aimait beaucoup les enfants qu'il « jaugeait » dès le sein de leur mère, qu'il voyait quand ils n’étaient pas encore nés. Il câlinait toujours les enfants, leur donnait des bonbons. Ses sermons étaient audacieux, directs, accusateurs, il répondait à toutes les questions de ceux qui venaient le voir. Il parlait ouvertement du communisme sans Dieu. Il était observé par des espions délateurs, mais Dieu le protégeait. Le plus important est qu'il enseignait aux paroissiens la prière, la principale vertu du chrétien.

L'attitude du père Jean envers le mystère de la mort, le monde des défunts, est édifiante. Il avait une riche expérience des révélations surnaturelles, visions des âmes des saints auprès des reliques desquels il priait, et des âmes des défunts dans les cimetières et dans l'église pendant le service, surtout pendant la Divine Liturgie. Ceux pour qui il priait lui apparaissaient. La prière du starets était si forte qu'elle révélait le monde invisible. Il disait qu’il faut prier pour les défunts en versant des larmes. Son âme était toujours proche de ceux pour qui il priait, et des effets mystérieux s'en suivaient. Ses enfants spirituels ressentaient physiquement la proximité du starets, sa présence.

Cet enseignement vivant sur le monde de ceux qui se sont endormis et nous ont précédé dans le Seigneur, car « Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants » (Marc 12,27) est très important pour la conscience rationnelle actuelle, souvent froide et ignorante des liens vivants avec les défunts, de leur réelle proximité.

Pendant les dernières années, alors qu'il avait 90 ans passés, une lumière particulière rayonnait autour de lui. Souvenons-nous de Saint Séraphin de Sarov que Dieu prépara 47 ans à servir les gens, puis qu'Il révéla à tous. Il en est de même pour le père Jean. A la fin de sa vie, il fut un starets, un « père doré », comme on l'appelait dans le peuple. Il fut un véritable guide spirituel venant de Dieu. On venait le voir de la Russie entière et même de l'étranger. Il écrivait chaque jour des dizaines de lettres et apportait encore et encore de l'aide... Il « réunissait en Christ » le troupeau du Christ. Il était un proche ami de l'ancien starets de Valaam, le père spirituel de l'ermitage de Riga de la Transfiguration du Sauveur, le père archimandrite Kosma (Smirnov). Il était le père spirituel de nombreux pères spirituels.

C'est à ce moment-là que le Seigneur éveilla en lui le don de voir le futur. Il parlait de la sainteté de la terre lettone, de sa future libération, des futures afflictions, des châtiments de Dieu, de ce que « vos enfants vont encore étudier la Loi de Dieu » et de beaucoup d'autres choses, et tout se réalisait effectivement. A la fin de sa vie le père Jean dut endurer des persécutions. D'abord ce fut un avertissement émanant de ses propres confrères serviteurs du culte, suivi d'un décret officiel interdisant de mentionner dans les sermons des « expressions, exemples et faits corrupteurs et malséants » (sans doute sur les communistes), et demandant de « se limiter strictement pendant le Service aux indications du livre de service...ouvrir les Portes Royales au moment fixé ». Puis, deux ans avant sa mort (le starets l'avait prédit), sur dénonciation de ses confrères, il fut écarté des offices à l'église de la Consolation-des-affligés et on l'obligea à écrire lui-même sa demande de congé. Il avait 95 ans, mais il pouvait encore officier, lui qui avait déjà tant fait pour l'Eglise du Christ... La paroisse de l'église de la Consolation-des-affligés écrivit à l'archevêque pour défendre le père: « Nous tous ici avions une famille, une maison. Nous avons presque tous une prière commune de dix, douze ans avec le père Jean, agenouillés devant l'autel. Nous Vous prions, Très saint et vénéré Evêque... Permettez-nous de nous réjouir dans nos afflictions quotidiennes qui sont déjà pénibles. Car nous n'aurions pas de plus grande joie que de retrouver et de revoir l'archiprêtre Jean auprès de l'autel de la Consolation-de-tous-les-affligés, duquel il a été si impudemment chassé! » Hélas, l'évêque n'entendit pas la voix du peuple...

Le père avait prédit que quand il serait écarté et mourrait, l'église serait détruite. Ce fut la seule église détruite à Riga pendant l'époque soviétique. Et on peut se demander pourquoi. Si nous-mêmes, orthodoxes, n'avions pas trahi notre starets, les ennemis extérieurs auraient-ils pu nous vaincre?

Oui, nous sommes invulnérables tant que la paix est avec nous. Cela vaut la peine d'y penser. A tous les destructeurs d'églises, ceux qui ont détruit en 1925 la chapelle de la Mère de Dieu de Kazan sur la place de la gare à Riga, ceux qui ont fermé la cathédrale de la Nativité et ceux qui l'ont calomnié, le starets a prédit le châtiment de Dieu, et il s'est accompli de son vivant, pour tous, et rigoureusement.

Le père mourut le dimanche des Rameaux, le jour de l'Entrée du Seigneur à Jérusalem, le 31 mars 1964, et nous croyons qu'il est entré au Royaume des Cieux. L'office des défunts fut célébré à l'église Saint-Jean-le-Précurseur à Riga le 4 avril, la veille du Vendredi Saint. Vingt prêtres de l'éparchie orthodoxe russe de Riga, avec à leur tête l'évêque Nikon (Fomitchev) de Riga et de Lettonie, participèrent au service funèbre devant une affluence nombreuse. La tombe du starets au cimetière se trouve du côté droit de l'église Saint Jean le Précurseur, et presqu'en face de l'entrée dans l'ancienne église Notre-Dame-de-Kazan.

Je confesse ma faiblesse à écrire ces pages sur un starets dont la dimension spirituelle est incommensurable. Que puis-je ajouter en conclusion? En lisant les souvenirs des enfants spirituels du père Jean, en discutant avec de nombreuses personnes qui l'ont connu et ont reçu de lui une aide spirituelle, on voit à quel point le starets rappelle de façon étonnante la sainte figure de Saint Nicolas le Thaumaturge: son enseignement spirituel, son calme, sa douceur dépourvue de hargne ou de gloriole, sa générosité, son détachement, son soucis des opprimés, des détenus, des affamés à qui il portait les saints Mystères, des pauvres qu’il habillait, sa pureté de cœur, la force de sa prière qui pouvait obtenir la guérison de nombreuses personnes, sa clairvoyance qui lui permettait de prévoir les malheurs, les afflictions, et la perte des ingrats.

La vie du père Jean Jouravsky ne se termine pas là. Il disait lui-même: « Quand je mourrai, venez prier sur ma tombe, mais seulement après l’office, car pendant l’office, je suis à l'église ». Ceux qui viennent y prier savent qu’il accorde son aide. Ils trouvent guérison, bénédiction, et une oreille attentive à leur demande.

CONCLUSIION

Qu'est-ce qui a fait du père Jean un starets? Comment un prêtre marié, célébrant dans une paroisse, a-t-il pu parvenir à une élévation spirituelle que seuls quelques élus atteignent dans les monastères?

Son ardeur au travail, son abnégation quotidienne et continuelle dans le service, ne lui laissait aucune liberté personnelle. Tout chez lui était consacré à Dieu et aux gens. Sa paroisse et ses enfants spirituels furent le fruit de son sacrifice continuel. On lui disait « va », et il allait, « viens », et il venait (Luc 7,8). On lui adressait une demande et il y accédait, non par peur, mais conformément à sa conscience. Le père Jean assimila complètement les paroles du Christ sur le Jugement dernier, où il est clairement dit pour quelles raisons le Seigneur récompensera les justes et condamnera les pécheurs. Pendant toute sa vie, le starets exécuta, et exécuta à la lettre, la volonté de Dieu, nourrissant les affamés, habillant les nus, accueillant les voyageurs, sauvant les détenus, visitant et faisant communier les malades. « Personne ne l'a quitté démuni ».

Le starets observait les jeûnes, il était toujours mesuré dans sa nourriture, mais il n'était pas un ascète rigoureux. C'est plutôt le jeûne spirituel qui dominait dans sa vie : la paix des pensées, la pureté du coeur, la prière. Nous savons bien nous-mêmes comment nous anéantissons notre jeûne par l’irritation ou par des actes ou des paroles inconvenants. Le père Jean agissait toujours dans la prière. Il faisait tout à la gloire de Dieu. La prière de Jésus dans son cœur devint partie de lui-même.

La contemplation de fautes personnelles qui peuvent paraître insignifiantes mais qui étaient énormes à ses yeux était sa pratique habituelle, comme la vigilance, l'attention permanente, la sobriété, les larmes versées sur soi et sur l'inaccessibilité de Dieu, le pardon accordé aux proches, l'humilité, la douceur quand il était poursuivi et chassé. Il n'entra dans aucun parti à l'intérieur de l'Eglise et n'eut aucune requête personnelle à adresser à l'évêque en place, ni lors du passage de l'Eglise Orthodoxe Lettone sous la juridiction de Constantinople pendant les troubles de 1936, sous l'autorité du métropolite Serge Voskresensky (1940-1944), ni au temps des évêques de la période d'après-guerre. Le starets craignait de nuire au blé en écartant l'ivraie...

Le père Jean fut gratifié des dons du Saint Esprit, qui fit de lui starets pour sa vie héroïque, et surtout pour s’être conformé à la recommandation du Saint Thaumaturge Séraphin de Sarov: « Celui qui est en paix puise en Dieu les Dons spirituels » de l'Esprit Saint.

PÈRE JEAN, PRIE DIEU POUR NOUS!

Rassemblé et composé par le prêtre André Golikov