mardi 24 janvier 2012

PAROLE SUR LA MORT 7

CHAPITRE VII : LES DOUANES OU EPREUVES SUBIES PAR L'ÂME DE SAINTE THEODORA DURANT SON ASCENSION VERS LE CIEL .

Ce texte est proposé aux chrétiens orthodoxes qui fréquentent régulièrement les offices de l'Eglise ainsi que les sacrements, qui ont une vie de prière intérieure et qui ont un père spirituel chez qui ils se confessent régulièrement. Pour les autres, nous craignons qu'il provoquera chez eux des réactions négatives et pourraient être peturbés dans leur psyché.

Il pourrait-y avoir des passages difficiles qui, probablement, vont heurter la sensibilité de notre entendement humain. Prière de garder à la mémoire la pensée que Christ est venu sauver ceux qui espèrent en Lui, que la vie a jailli du tombeau et le Seigneur nous l'a accordée par le Saint baptême et les sacrements de l'Eglise.
Ce texte sur Sainte Theodora a été emprunté à une vie de Saint Basile qui a vécu au neuvième siècle à constantinople, ce texte selon les derniers spécialistes a été écrit quatre siècles après la mort de saint Basile, donc beaucoup de questions sur son authenticité ont été récemment posées et plusieurs chercheurs doutent de sa véracité. Cela étant dit, Saint Ignace l'a adopté et l'a inclus dans son traité. Prière donc de prendre cette histoire avec des pincettes et de ne pas s'alarmer à outrance de la dureté de son contenu.





C'est à Sainte Théodora que nous emprunterons la description détaillée des épreuves et l'ordre dans lequel elles se déroulent dans les airs. Ayant, comme nous l'avons vu, abandonné sur la terre son corps sans vie, elle commença son ascension vers l'orient, guidée par deux anges.
Alors qu'elle montait vers le ciel, elle rencontra les esprits ténébreux de la première épreuve, qui examinent tous les péchés humains commis en parole, comme les bavardages, les jurons, les railleries, les blasphèmes, les chansons passionnelles, les exclamations indécentes, les rires et autres choses semblables. Le plus souvent, l'homme ne fait aucun cas de ces péchés, ne s'en repent pas devant Dieu et ne les confesse pas à son père spirituel. Cependant, le Seigneur a dit clairement : Au jour du jugement, les hommes rendront compte de toutes les paroles vaines qu'ils auront proférées. Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné (Mt.12,36-37). Et l'Apôtre ordonne : Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, ni déshonnête, ni propos insensé, ni plaisanterie (Eph.4,29845,4). Les démons accusèrent l'âme de Théodora avec cruauté et ténacité, présentant tous les péchés commis en parole depuis sa jeunesse. Les saints anges les contestèrent, opposant les bonnes œuvres.
Rachetée à la première épreuve, Théodora monta plus haut et s'approcha de la deuxième épreuve, où sont examinés les mensonges, les parjures, le fait de prononcer en vain le Nom de Dieu ou de dissimuler ses péchés au père spirituel lors de la confession.
S'étant libérée là aussi, elle passa à la troisième épreuve, où sont examinés les calomnies contre le prochain, les jugements, l'humiliation, l'atteinte à l'honneur d'autrui, les injures et les railleries faites en oubliant ses propres péchés et défauts, ou en y prêtant aucune attention. Ceux qui ont commis des péchés de ce genre sont questionnés par les féroces examinateurs avec une cruauté toute particulière, car ils se sont conduits comme des antéchrists, ils se sont approprié la dignité du Christ en jugeant et en écrasant leur prochain.
La quatrième épreuve est celle de la gourmandise. On y dénonce la gloutonnerie, l'ivrognerie, le fait de manger à tout moment ou en cachette, de manger sans dire la prière, la transgression des jeûnes, la luxure, la volupté, le rassasiement, le fait de participer à des festins, et tous les plaisirs accordés au ventre. Après s'être libérée de cette épreuve, Sainte Théodora reprit un peu courage et dit aux saints anges qui l'accompagnaient : « Il me semble que personne sur terre ne sait ce qui se passe ici et ce qui attend l'âme pécheresse après la mort ». Les anges lui répondirent : « La Parole Divine, lue quotidiennement à l'église, et prêchée par les serviteurs de Dieu ne l'explique-t-elle donc pas ? Ceux qui se sont attachés aux vanités terrestres ne prêtent aucune attention à la Parole de Dieu, ils jouissent quotidiennement de l'ivrognerie, ils mangent à satiété et boivent sans crainte de Dieu, ne pensent pas à la vie future et n'écoutent pas l'Ecriture qui dit : malheur à vous qui êtes rassasiés car vous aurez faim ! (Luc6,25). Ils considèrent la Sainte Ecriture comme une fable, vivent dans la négligence, s'amusent et festoient joyeusement chaque jour au son de la musique et des chœurs, à l'instar du riche de l'Evangile, Toutefois, ceux qui sont miséricordieux, font profiter les pauvres de leurs bienfaits, et aident les nécessiteux, reçoivent facilement le pardon de Dieu pour leurs péchés et passent les épreuves avec bonheur grâce à leurs aumônes. L'Ecriture dit : L'aumône délivre de la mort et purifie de tout péché. Celui qui fait des aumônes et agit avec justice aura la vie; ceux qui commettent le péché sont les ennemis de leur vie. (Tobie21). Ceux qui ne s'efforcent pas de se purifier de leurs péchés par des aumônes ne pourront pas éviter le malheur lors des épreuves, ils seront ravis par les publicains qui les feront descendre dans de cruelles souffrances vers les prisons souterraines de l'enfer où ils seront enchaînés jusqu'au terrible jugement du Christ 1 »
En s'entretenant ainsi, ils atteignirent la cinquième épreuve, celle de la paresse. Là furent comptés tous les jours et toutes les heures passés dans la négligence à servir Dieu. Là furent examinés l'acédie, l'abandon des prières à l'église ou dans la cellule, par paresse, négligence, ou froideur envers Dieu. Là sont questionnés les paresseux qui profitent du travail des autres et refusent de travailler eux-mêmes, ceux qui perçoivent un salaire mais accomplissent leur travail avec négligence.
Après vint la sixième épreuve, où l'on examine les vols et les rapts en tout genre, grossiers ou selon la bienséance, manifestes ou cachés.
Puis vint la septième épreuve, celle de l'amour de l'argent et de l'avarice.
Ensuite vint la huitième épreuve, où sont accusés les concussionnaires, les usuriers et ceux qui s'approprient le bien d'autrui.
Plus loin encore, l'épreuve de l'injustice, la neuvième épreuve, où sont dénoncés les juges iniques au jugement partiel, qui se laissent acheter, condamnent les innocents et justifient les coupables. Là sont examinées les balances inexactes, les marchandages injustes.
La dixième épreuve est l'épreuve de l'envie où sont examinés ceux qui s'adonnent à cette passion pernicieuse et à ses conséquences.
A la onzième épreuve, les esprits hautains examinent l'orgueil, la vanité, la présomption, le dédain, la louange de soi-même, le fait de ne pas honorer comme il se doit les parents, les pouvoirs ecclésiastiques ou civils, de ne pas leur obéir ou de leur désobéir.
La douzième épreuve est celle de la colère et de la fureur.
La treizième épreuve est celle de la rancune. Après avoir dépassé cette épreuve, Sainte Théodora demanda aux anges :
- Je vous en prie, dites-moi comment ces effrayantes puissances aériennes connaissent les mauvaises actions, autant manifestes que cachées, de tous les hommes vivant dans le monde entier.
- Au saint baptême chaque homme reçoit un ange gardien qui veille invisiblement sur lui, l'instruit nuit et jour dans les bonnes actions, tout au long de sa vie et jusqu'à l'heure de la mort. Il note toutes les bonnes actions pour lesquelles cet homme serait susceptible d'être digne de la miséricorde du Seigneur et de la rétribution éternelle. De la même façon, le prince des ténèbres, qui a pour objectif d'entraîner dans la perdition le genre humain, envoie auprès de chaque homme un esprit malin qui le suit partout, note ses mauvaises actions, lui suggère astucieusement de faire le mal, puis visite chaque épreuve pour y rapporter les péchés correspondants. Voilà comment les pouvoirs aériens connaissent les péchés de tous les hommes. Quand l'âme se sépare du corps et s'efforce de monter rejoindre son Créateur au ciel, les esprits malins lui dressent des obstacles en dénonçant les péchés qu'ils ont inscrits. Si l'âme possède davantage de bonnes actions que de péchés, ils ne pourront pas la retenir. Dans le cas contraire, ils l'enfermeront dans une prison d'où elle ne pourra pas voir Dieu. Elle sera torturée tant que la puissance de Dieu le permettra, et tant qu'elle n'aura pas été rachetée par les prières de l'Eglise et les aumônes des proches. Si l'âme s'avère vraiment pécheresse et abominable devant Dieu, au point qu'il ne lui reste plus aucune espérance de salut et qu'elle soit digne de la perdition éternelle, alors elle sera descendue immédiatement dans l'abîme où les démons connaîtront eux-aussi les souffrances éternelles. Elle y sera gardée jusqu'au deuxième Avènement du Christ, après quoi elle s'unira au corps et souffrira avec lui dans la géhenne éternelle. II faut savoir encore que ceux qui empruntent la voie des épreuves et des questions sont uniquement ceux qui ont été éclairés par la foi chrétienne et lavés par le Saint Baptême. Elle n'est donc destinée ni aux païens, ni aux musulmans, ni à tous ceux qui sont étrangers à Dieu : ceux-là, encore vivants dans leur corps, sont déjà morts, et enterrés en enfer par l'âme. Au moment de leur mort, les démons les saisissent immédiatement comme un dû et les descendent sans épreuve dans l'abîme de la géhenne.
Après cet entretien, Sainte Théodora atteignit la quatorzième épreuve, celle du meurtre, où sont examinés non seulement le brigandage et le meurtre, mais aussi les coups, les gifles et les heurts.
Plus haut eut lieu la quinzième épreuve, celle de la magie, de la sorcellerie, des charmes, des poisons, de l'ensorcellement et de l'invocation des démons. Au cours de cette épreuve, les démons ne trouvèrent rien à reprocher à la bienheureuse Théodora et ils lui crièrent, furieux: « Quand tu arriveras à l'épreuve de l'adultère, nous verrons si tu pourras t'en tirer...». En continuant à s'élever, elle demanda aux saints anges:
- Est-ce possible que tous les chrétiens doivent passer par ces lieux, et que personne ne puisse les traverser sans être soumis aux questions et à la peur?
- Il n'y a pas d'autre voie pour les âmes chrétiennes qui montent vers le ciel. Toutes passent ici, mais toutes ne sont pas questionnées comme celles qui ont commis des péchés sans les avoir complètement confessés, par honte devant le père spirituel. Si quelqu'un confesse ses péchés dans la vérité, les regrette et se repent du mal qu'il a commis, alors ses péchés sont effacés par la miséricorde de Dieu, et quand l'âme arrive ici, les examinateurs aériens ne trouvent rien en ouvrant les livres, c'est pourquoi ils ne peuvent ni offenser l'âme, ni l'effrayer, et c'est ainsi qu'elle s'élève joyeusement vers le trône de la grâce.
NB: Saint Jean Climaque raconte que pendant un séjour dans un monastère d'Alexandrie, un voleur se présenta avec repentir pour être admis à la vie monastique. L'higoumène du monastère lui demanda qu'il confesse ses péchés à l'église en présence de tous les frères. Le voleur s'étant exécuté avec ferveur et humilité, l'higoumène le revêtit immédiatement du schème. Saint Jean lui demanda en privé pourquoi il avait tonsuré aussi vite le voleur. L'higoumène répondit que sa confession lui avait mérité le pardon de toutes ses fautes. «Et n'en doute pas, car un des frères présents m'a fait une confidence. Il a vu un personnage à l'aspect terrible qui tenait en main une tablette écrite et une plume. Tandis que le pénitent avouait ses crimes, l'autre, en toute justice, les effaçait de la tablette avec la plume, selon qu'il est écrit : J'ai dit: je vais confesser contre moi mes péchés au Seigneur et Toi, tu as pardonné l'iniquité de mon cœur (Ps.31,5)» (Echelle, degré4)
Il n'est pas inutile de citer ici un événement qui nous est presque contemporain. Dans les environs de Vologda se trouve un grand village dénommé Koubensky, qui compte plusieurs paroisses. Le prêtre de l'une d'elle tomba malade et s'approcha de la mort. Il vit son lit entouré de démons qui s'apprêtaient à ravir son âme et à la descendre en enfer. Alors apparurent trois anges. L'un d'entre eux se posta près du lit et se mit à disputer l'âme à un démon des plus hideux qui tenait un livre ouvert où étaient inscrits tous les péchés du prêtre. Sur les entrefaites entra un autre prêtre qui venait assister son confrère. La confession commença. Jetant des regards effrayés sur le livre, le malade prononçait avec abnégation ses péchés, comme s'il les rejetait de lui-même. Et que vit-il ? Dès qu'il mentionnait un péché, celui-ci disparaissait du livre en laissant une page blanche. Il effaça ainsi par la confession tous les péchés du livre démoniaque et fut guéri. Il finit sa vie dans un profond repentir, racontant à ses proches, pour leur instruction, cette vision qu'avait soulignée une guérison miraculeuse.
En conversant ainsi, ils atteignirent la seizième épreuve, celle de la dépravation, où sont examinés tous les genres de débauche, c'est-à-dire les péchés d'adultère des personnes qui ne sont pas liées par le mariage. On y examine les rêveries coupables, le fait de s'attarder en pensée sur ces rêveries, le consentement au péché et la jouissance, les regards voluptueux, les attouchements obscènes. Quand Théodora fut parvenue à cette épreuve, les esprits ténébreux furent très étonnés qu'elle soit arrivée jusque-là, et ils l'accusèrent avec cruauté, surtout pour son manque de franchise envers son père spirituel.
Ensuite, ils arrivèrent à la dix-septième épreuve, où sont examinés tous les péchés d'adultère des personnes vivant dans le mariage (le fait de ne pas respecter la fidélité entre époux, de souiller le lit conjugal) ou les péchés d'adultère des personnes consacrées à Dieu, qui ont promis au Christ leur pureté.
La dix-huitième épreuve est celle de l'homosexualité, où sont passés en revue les péchés d'adultère contraires à la nature, ainsi que l'inceste. Après avoir dépassé cette épreuve les saints anges dirent à Théodora: «Tu as vu les terribles et abominables épreuves de l'adultère! Sache que rare est l'âme qui les dépasse librement. Le monde entier est enfoncé dans le mal des tentations et de la souillure, tous les hommes sont voluptueux et débauchés. Les pensées du cœur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse (Gen.8,21) et c'est à peine si quelqu'un se garde de la souillure de l'adultère. Peu nombreux sont ceux qui mettent à mort les convoitises de la chair et qui dépassent sans encombre ces épreuves! La plupart de ceux qui sont arrivés jusque là périssent. Les féroces questionneurs ravissent les âmes et les précipitent en enfer. Les puissances des épreuves d'adultère se vantent qu'à eux seuls, ils remplissent plus que toutes les autres épreuves les fournaises de l'enfer. Rends grâce à Dieu, Théodora, d'avoir évité les pièges des épreuves d'adultère, et ceci grâce aux prières de ton père Saint Basile. A présent, tu ne connaîtras plus la peur ! ».
La dix-neuvième épreuve est celle des hérésies, où sont examinés les raisonnements injustes sur la foi, les doutes dans la foi, l'apostasie et le reniement de la foi orthodoxe, le blasphème et autres péchés contre la seule véritable confession de la foi.
Après avoir dépassé cette épreuve, ils approchèrent des portes célestes, et rencontrèrent les esprits de la dernière et vingtième épreuve, celle de l'absence ou de l'insuffisance de charité, et de la cruauté. Si quelqu'un accomplit de nombreux exploits spirituels, des jeûnes, des veilles, des métanies, des prières, s'il garde de toute souillure la pureté de sa virginité, s'il épuise son corps dans l'abstinence, mais se montre impitoyable et ferme son cœur au prochain, alors il sera précipité du haut du ciel lors de cette épreuve, et sera enfermé pour l'éternité dans l'abîme de l’enfer.
Enfin, avec une joie ineffable, ils s'approchèrent des portes célestes. Celles-ci brillaient comme du cristal. Elles rayonnaient de manière indicible et des jeunes gens semblables au soleil se tenaient au milieu d'elles. Voyant la sainte guidée par les anges, ils se réjouirent pour elle de la voir dépasser victorieusement, couverte par la miséricorde divine, les épreuves aériennes. Avec grand amour, ils la firent traverser les portes. Pendant sa marche à travers les épreuves, Sainte Théodora avait noté que chaque épreuve était présidée par un prince particulier, et que les esprits de chaque épreuve présentaient une apparence extérieure conforme au type de péché examiné à l'épreuve.
Les grands saints (qui par nature sont semblables à l'ancien Adam, mais sont parvenus à la perfection du Nouvel Adam, notre Seigneur Jésus-Christ) traversent les épreuves à une vitesse extraordinaire et avec grande gloire. Ils sont élevés au ciel par l'Esprit Saint qui, déjà pendant leur pèlerinage terrestre, leur inspirait constamment le désir de se séparer du corps et d'être avec le Christ (Phil.1,23). Le grand Marc de Thrace (5avril) traversa l'atmosphère comme un éclair, en l'espace d'une heure. Saint Sérapion, qui assista au décès de Saint Marc, dit: «Je vis l'âme du saint séparée des liens charnels, et élevée au ciel après avoir été recouverte d'un vêtement blanc et lumineux par un ange».
Lorsqu'arriva la mort de Saint Macaire le Grand, une multitude de l'armée céleste se joignit au chérubin qui était son ange gardien pour venir chercher son âme. Avec l'assemblée des anges descendit le chœur des apôtres, des martyrs, des saints hiérarques, des saints et des justes. Les démons se rangèrent en foule tout au long des épreuves, afin de contempler la marche de l'âme pneumatophore. Elle commença son ascension. Se tenant au loin, les esprits des ténèbres criaient depuis le lieu des épreuves : «ô, Macaire De quelle gloire as-tu été digne !». Mais l'humble moine répondait : «Non ! Je crains encore parce que je ne sais pas si j'ai fait quelque chose de bien ! ». Pendant ce temps, il s'élevait rapidement vers le ciel. Les pouvoirs aériens criaient dé nouveau à partir des épreuves plus élevées : «Tu nous as vraiment évités, Macaire !». «Non, j'ai encore besoin de fuir ! ». Lorsqu'il franchit les portes célestes, ils crièrent en sanglotant de rage et d'envie : «Maintenant, tu nous as évités, Macaire !». «Gardé par la puissance de mon Christ, j'ai évité vos astuces ! ». Le cheminement de l'âme de Saint Macaire fut observé par ceux de ses disciples qui avaient atteint une réussite spirituelle particulière, et c'est Saint Paphnuce, son successeur à la direction du skyte, qui le raconte.
Les grands saints mènent, toute leur vie durant, un combat implacable contre les pouvoirs ténébreux. Ils ont déjà remporté la victoire ici-bas, car leurs cœurs se sont libérés totalement du péché, devenant temples et sanctuaires de l'Esprit Saint qui fait en eux Sa demeure raisonnable, une forteresse imprenable pour l'ange déchu. C'est pourquoi ils passent avec une telle aisance devant les gardiens aériens et les pouvoirs ténébreux.
De la même façon que l'âme chrétienne ressuscite déjà pendant son pèlerinage terrestre de la mort occasionnée par le péché, elle voit s'accomplir déjà ici-bas son examen par les pouvoirs aériens, sa captivité ou sa libération. Mais cette captivité, ou cette libération, ne deviendra évidente que lors de la marche à travers les airs.
Au Paradis, l'homme reçut le commandement de ne pas goûter à l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Comme dit Marc l'ascète dans son homélie sur le Paradis et la loi spirituelle, ce commandement n'a pas été abrogé. A présent encore, il est interdit de voir le mal dans son prochain, de le condamner, de se venger de lui, de rendre le mal pour le bien. Il est interdit de regarder avec convoitise la beauté de la femme, beauté qui, avant la chute, ne suscitait aucune convoitise. Il est interdit de prononcer des paroles de blasphème, telle qu'on a pu en entendre de la bouche du diable au Paradis, et également de prononcer en vain le Nom de Dieu. Interdites aussi les paroles vaines et les pensées pécheresses.
Saint Macaire le Grand dit : «Le bienheureux Moïse, pour exprimer de façon imagée que l'âme ne doit pas suivre simultanément deux principes contradictoires, c'est-à-dire le bien et le mal, mais doit au contraire s'attacher au bien, et qu'elle ne doit pas non plus produire de fruits doubles, utiles et nuisibles, a dit: tu ne laboureras pas avec un bœuf et un âne attelés ensemble (Dt.22,9-10). Ceci signifie que la vertu et la méchanceté ne doivent pas agir ensemble dans l'enclos de ton cœur, mais que seule la vertu doit agir».
Le même dit encore: «Tu ne porteras point un vêtement tissé mi-laine, mi-lin. Tu ne sèmeras pas dans ton champ deux espèces de semences (Dt.22,11). Tu n'accoupleras pas deux bestiaux de deux espèces (Lev.19,19). Tout cela exprime mystérieusement que ne doivent pas être semées en nous méchanceté et vertu, mais qu'une seule espèce de fruit doit naître dans l'âme, le fruit de la vertu, et que l'âme ne doit pas communiquer avec deux esprits, l'Esprit de Dieu et l'esprit du monde».
Comme jadis dans le Paradis, l'homme a devant lui aujourd'hui son meurtrier, le chérubin déchu. Il agite son arme flamboyante et combat l'homme implacablement, s'efforçant de l'entraîner à transgresser le commandement de Dieu, le poussant vers une perdition autrement plus pénible que celle de nos ancêtres. Malheureusement, notre ennemi est de plus en plus encouragé par ses succès. Les plus grands pères (Macaire le Grand, Marc l'ascète,...) Voient dans l'arme flamboyante agitée par les mains du prince des airs le pouvoir démoniaque qui ébranle l'esprit et le cœur de l'homme «en les enflammant par diverses passions. L'Apôtre appelle les armes de l'ennemi des flèches flamboyantes (Eph.6,10) et le prophète compare leur action dans l'âme à celle du feu dans les épines (Ps.117,12). Saint Syméon le Nouveau Théologien dit: « Depuis le moment où le diable organisa par la désobéissance le bannissement de l'homme du Paradis et la rupture de sa communion avec Dieu, il reçut, avec les démons, la liberté d'ébranler la raison de chaque homme, les uns davantage, les autres moins. L'intellect ne peut se protéger que par le souvenir incessant de Dieu. Quand la puissance de la Croix grave le souvenir de Dieu dans le cœur, alors le raisonnement devient inébranlable. C'est à cela que mène l'ascèse mentale par laquelle chaque chrétien s'est engagé à combattre sur le champ de bataille de la foi. Sans ce résultat, l'exploit est vain».
Les commandements concernent les actes et les paroles, mais surtout leur origine commune, les pensées. Le combat que l'ennemi nous livre est d'ailleurs dirigé de préférence contre l'intellect. L'intellect est le guide de l'homme ; s'il ne consent pas secrètement au péché, alors ni les paroles pécheresses, ni les actes pécheurs ne peuvent naître. Comme dit Saint Hésychius de Jérusalem dans son homélie sur la vigilance : l'arme de l'ennemi, c'est la pensée ou la rêverie coupable. L'homme doit combattre les puissances de l'air dans le pays des pensées. C'est là qu'il remporte la victoire ou subit la défaite. C'est là qu'il se libère des publicains ou qu'il se soumet à eux. C'est là que se décide sort destin éternel. Il choisit librement, soit la vie éternelle accordée par le Créateur et offerte par le Rédempteur, soit la mort éternelle annoncée jadis au Paradis par Dieu dans Sa justice, comme châtiment de la créature qui dédaigne les bienfaits de son Créateur.
Le très grand et saint Apôtre Paul nous appelle à ce combat en disant : revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable, car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, les autorités, contre les princes de ce monde des ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux situés en-dessous des cieux (Eph.6,11-12). L'Apôtre indique même le lieu de ce terrible combat et les armes qu'il nous faut employer : les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles, mais elles sont puissantes par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses. Nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s'élève contre la connaissance de Dieu et nous amenons toute pensée captive à l'obéissance du Christ (2Cor.10,4-5). L'Apôtre ordonne de capturer dans l'obéissance au Christ non seulement les pensées pécheresses qui Lui sont manifestement opposées, mais aussi toute notre intelligence. Notre adversaire rusé et expérimenté dans la perte des hommes ne suggère pas des pensées manifestement coupables dès le début d'un entretien, mais il s'efforce plutôt d'opposer à l'intelligence spirituelle (l'enseignement évangélique) l'intelligence humaine naturelle, déchue, charnelle et psychique; en la présentant comme saine, bien fondée, juste et grande. Il éloigne ainsi l'homme de l'obéissance au Christ.
«Lorsque le diable voit quelqu'un qui ne désire pas pécher, il n'est pas assez insensé pour lui proposer un mal manifeste. Il ne lui dit pas : va commettre l'adultère ou va voler. Il sait que nous ne voulons pas cela et il ne se donne pas la peine de parler de ce que nous ne voulons pas, mais il essaie de trouver en nous un désir quelconque, ou quelque justification de nous-mêmes et par cela, il nous nuit. Et c'est pourquoi l'Ecriture dit : le malin commet un mal lorsqu'il s'unit au juste (Prov.11,15). Le malin, c'est le diable. Il commet un mal lorsqu'il unit sa vérité à la nôtre ; alors il s'affermit, il nuit davantage, il agit. Lorsque nous nous laissons diriger par nos désirs en suivant notre vérité, alors, ayant l'air de faire une bonne action, nous nous faisons du tort à nous-mêmes et nous ne remarquons même pas comment nous périssons ! . (Saint Dorothée de Gaza).
Pour illustrer la flatterie, l'adulation et la malignité employées par le diable pour s'emparer de la volonté de l'homme et lui faire déposer le joug du Christ, Saint Macaire cite le combat suivant : «Quelqu'un, en se disputant avec son frère, se trouble lui-même et pense ainsi : faut-il lui dire ceci ou cela ? Non, je ne lui dirai pas ! Il me dénigre tant ! Dois-je le contredire ? Il vaut mieux que je me taise ! C'est vrai, nous avons les commandements de Dieu, mais il faut aussi se préoccuper de son honneur... Ainsi, il est difficile de renoncer complètement à soi-même»: L'Apôtre recommande de renoncer résolument et totalement à soi-même, de revêtir toutes les armes de Dieu, et non de se ceindre d'une seule d'entre elles. Le jeûne seul ne suffit pas, pas plus que la prière, les aumônes ou la chasteté. Les armes de Dieu, ce sont tous les commandements évangéliques. Celui qui dédaigne l'un d'eux les rejette tous. Celui qui dédaigne l'un d'eux sera appelé le plus petit dans le Royaume des Cieux (Mt.5,19), sera précipité dans la géhenne de feu, comme dit Saint Théophylacte de Bulgarie en commentant l'Evangile. J'ai été redressé grâce à tous, tes commandements, j'ai haï toute voie d'injustice (Ps.118,128). Prenez toutes les armes de Dieu, afin de résister dans le mauvais jour et de tenir ferme après avoir tout surmonté (Eph.6,13). Seul celui qui a pris toutes les armes de Dieu peut résister dans le mauvais jour, seul celui qui a accompli tous les commandements sans exception peut tenir ferme devant l'ennemi.
«Le mauvais jour, c'est l'heure de la tentation cruelle et de l'attaque du diable auxquelles sont soumis les courageux soldats du Christ pendant leur pèlerinage terrestre. Les vainqueurs de ce combat passent de la mort éternelle à la résurrection de l'âme. (De bons exemples de ceci seront trouvés dans la vie de Saint Antoine le Grand, ou dans celle de Saint Jean le Grand-Souffrant des grottes). Pour les autres chrétiens, le mauvais jour, c'est celui de la séparation de l'âme et du corps, le jour de la traversée des épreuves aériennes. Les saints se revêtent de toutes les armes de Dieu. Leur règle de vie est l'Evangile, la parole de leur bouche, de leur esprit et de leur cœur, c'est la parole de Dieu (Eph.6,18), le Nom du Seigneur Jésus-Christ. Avec cette épée spirituelle, ils vainquent et brisent l'arme flamboyante agitée devant eux par l'ennemi, c'est-à-dire les paroles du diable. Les rêveries démoniaques ne peuvent pénétrer dans leurs âmes, elles perdent sur elles tout pouvoir. Par la veille et une vigilance sévère, les saints sont attentifs à leur cœur et à leur esprit. Illuminés par la grâce de Dieu, ils sentent de loin l'approche des voleurs et des meurtriers menteurs. Se servant de leur attention comme d'un miroir, ils y voient le reflet des visages noirs des éthiopiens spirituels» (Saint Hésychius). En rejetant tout rapport avec eux déjà ici-bas, ils les privent de tout droit sur eux. Après leur mort, ils passent sans obstacle devant les pouvoirs aériens qu'ils avaient dédaignés en temps utile.
Saint Macaire le Grand dit: «Seul celui qui renonce véritablement au monde, qui vit dans l'ascèse, qui dépose le joug terrestre, qui se libère et s'éloigne sincèrement des désirs vains, des passions chamelles, des honneurs, qui reçoit secrètement l'aide du Seigneur dans les exploits spirituels cachés, qui demeure fermement au service de Dieu et se donne à Lui définitivement par l'âme et le cœur, celui-là seul, je l'affirme, rencontre une résistance, des passions secrètes, des filets invisibles, un combat caché, une lutte intérieure. Au milieu de ce combat, il prie Dieu en permanence et
reçoit du ciel les armes spirituelles décrites par le bienheureux Apôtre : la cuirasse de la justice, le casque du salut, le bouclier de la foi et l'épée de l'Esprit. Ainsi armé, il peut résister aux astuces cachées des ennemis. Ayant acquis ces armes au moyen de la prière, de la patience, des demandes, du jeûne, de la foi, il peut mener courageusement le combat contre les dominations, les autorités et les princes de ce monde des ténèbres (Eph.6,14). Ayant vaincu le pouvoir de l'adversaire avec l'aide de l'Esprit et ses propres vertus, il peut devenir digne de la vie éternelle».

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